01/08/2008

Les pauvres mangeront et seront rassasiés…
Ils loueront le Seigneur, ceux qui le cherchent !

Chers amis, bonjour !
Le contexte de cet Evangile : Jean-Baptiste vient d’être décapité par Hérode pour satisfaire au caprice invraisemblable de la fille d’Hérodiade, la femme de Philippe son frère. La tête de Jean-Baptiste fut apportée sur un plat et remise à la jeune fille, qui la porta ensuite à sa mère. Jésus en fut informé par les disciples de Jean-Baptiste ; il en fut profondément attristé. Alors, il se réfugie dans un endroit désert. Mais la foule devine où il se rend et le suit le long de la rivière.
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La multiplication des pains : les apôtres au milieu de la foule…
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Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu (Mt 14, 13-21) pour le 18ème dimanche du temps ordinaire

14

13i Jésus partit en barque pour un endroit désert, à l’écart. Les foules l’apprirent et, quittant leurs villes, elles suivirent à pied.
14 En débarquant, il vit une grande foule de gens ; il fut saisi de pitié envers eux et guérit les infirmes.
15 Le soir venu, les disciples s'approchèrent et lui dirent : « L'endroit est désert et il se fait tard. Renvoie donc la foule : qu'ils aillent dans les villages s'acheter à manger ! »
16 Mais Jésus leur dit : « Ils n'ont pas besoin de s'en aller. Donnez-leur vous-mêmes à manger. »
17 Alors ils lui disent : « Nous n'avons là que cinq pains et deux poissons. »
18 Jésus dit : « Apportez-les moi ici. »
19 Puis, ordonnant à la foule de s'asseoir sur l'herbe, il prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction ; il rompit les pains, il les donna aux disciples, et les disciples les donnèrent à la foule.
20 Tous mangèrent à leur faim et, des morceaux qui restaient, on ramassa douze paniers pleins.
21 Ceux qui avaient mangé étaient environ cinq mille, sans compter les femmes et les enfants.
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Quelques repères pour notre méditation

Jusqu’alors, on dit de Jésus qu’il est un sauveur, qu'il ne délivre pas d’enseignement, mais qu’il vient au secours des pauvres, des délaissés en les guérissant. La foule est donc là et, plutôt que de la renvoyer, comme le lui suggèrent les disciples, Jésus place ces derniers en face de leurs responsabilités : «Ils n’ont pas besoin de s’en aller. Donnez-leur vous-mêmes à manger». Formidable défi qui préfigure son propre corps qu’il offrira comme pain rompu pour une nouvelle alliance, pour un monde nouveau.


En quoi ce texte nous parle-t-il aujourd’hui encore ? La plupart d’entre nous ne connaît pas (heureusement !) l’expérience de la faim pendant une longue durée, expérience douloureuse comme la vivent les millions d’êtres humains à travers le monde. C’est indéniable que face à ces situations dramatiques, les pays riches doivent «prendre leurs responsabilités» pour venir en aide à des populations souvent victimes de vils systèmes politiques, économiques et sociaux : des dommages collatéraux d’une incontrôlable et aveugle mondialisation, en quelque sorte ! Mais à côté de cette faim de pain (et d’eau – pour faire le lien avec le texte d’Isaïe), d’autres faims tenaillent les hommes dans leur esprit, leur âme et leur cœur. Si l’on pouvait tendre l’oreille au-delà de tous les bruits, de toutes les rumeurs du monde, on entendrait un cri immense monter de la surface de notre planète, une clameur monter du tréfonds de l’humanité qui nous dirait : «j’ai faim !». C’est le cri de tous les assoiffés et de tous les affamés de la terre.

Sur les bords du lac de Galilée, Jésus avait rendez-vous avec la faim, avec les faims humaines, après en avoir fait lui-même l’expérience au désert de la tentation (Lc 4, 2). La foule rassemblée autour de lui ce jour-là, n’était-elle pas le symbole des multitudes humaines en quête du pain qui les fait vivre ? Ce soir-là, Jésus s’est associé à la détresse humaine. En lui, Dieu se montre solidaire de la faim de l’humanité : faim matérielle et faim spirituelle. Lui dont la nourriture est de «faire la volonté de son Père et d’accomplir son œuvre», témoigne de la sollicitude de Dieu qui ne se désintéresse pas de nos besoins, même corporels. Ce Dieu que nous accusons parfois d’indifférence lointaine, se fait proche de nos manques : «Le Père connaît vos besoins avant même que vous ne les lui demandiez» (Mt 6, 8).

L’écho des faims du monde arrive jusqu’à la porte de nos cœurs. Les médias, parfois voyeuristes, nous alertent sur les famines récurrentes. Plus près de nous, des SDF mendient devant nos boulangeries, à la sortie des supermarchés ou des restaurants… A ces manques de nourritures matérielles viennent s’ajouter bien d’autres faims… Aussi paradoxal que cela puisse paraître, force est de constater que les détresses spirituelles et morales s’accentuent dans les sociétés dites développées, sociétés dans lesquelles ne semble compter ou prévaloir que la satisfaction des appétits matériels. Pourtant, toutes les épices de la vie et toutes les idoles que nous nous forgeons… tout cela n’arrive pas assouvir nos faims, nos soifs ! A l’exemple du Christ, nous disciples d’aujourd’hui, avons à manifester notre solidarité avec ceux et celles qui souffrent de ces faims-là. Et nous-mêmes, ne sommes-nous pas en manque de « nourriture », quelque part dans notre vie?

Mais devant l’ampleur de nos besoins, ne serions-nous pas nous-aussi, comme les disciples ce soir-là, tentés de «botter en touche», par égoïsme ou dilettantisme ? «On ne peut pas soulager toutes les misères du monde», entend-t-on souvent dire, y compris de la bouche de certains politiques. «Qu’ils aillent ailleurs, … Ils n’ont qu’à se débrouiller, … On a déjà assez avec nos propres problèmes, etc.». Aujourd’hui, le Seigneur nous demande de ne pas «botter en touche», mais de nous mobiliser, de nous sentir concernés et de nous mobiliser en conséquence.
Le miracle de la multiplication des pains, raconté par les quatre évangélistes dans des circonstances quasi identiques, était un geste de compassion, de délicatesse et de convivialité de la part de Jésus. Ce soir-là, c’était lui qui invitait les foules affamées à un immense pique-nique. Mais ce festin sur l’herbe préfigure déjà la dynamique de la mission : nourrir l’homme affamé de Dieu. Le partage au bord du lac est également un signe de l’Eglise et de sa mission auprès des hommes : «Il donna les pains aux disciples et les disciples les donnèrent à la foule». Comme les apôtres, les chrétiens ont à être le cœur et la main du Christ. L’Eglise se définit précisément comme le relais de cette mission du Christ. La multiplication des pains nous indique notre responsabilité vis-à-vis de ceux qui ont besoin de pain. Qu’ils nous sollicitent indécemment ou bruyamment, ou qu’ils se taisent par pudeur, nous ne pouvons rester indifférents et insensibles. «Donnez-leur vous-mêmes à manger», dit Jésus à ses disciples. En effet, rien ne pourra se faire si nous restons murés dans nos bonnes raisons de refuser ou de renoncer au partage. Notre part du don, si infime soit-elle, est nécessaire, vitale pour les autres.
Le miracle de la multiplication des pains a été possible parce que quelqu’un a donné ses modestes provisions: cinq pains et deux poissons. Il a d’abord été un miracle du partage. Cinq pains pour nourrir cinq mille personnes (sans compter les femmes et les enfants), nous dit le texte. A peine un pour mille. C’est peu, si peu… et pourtant telle est la part de l’homme à l’œuvre de Dieu. Signe aussi que Dieu nous veut participatif à notre salut, il ne nous sauve pas sans nous, à notre insu et contre notre gré ! Cette part minimale est bien dans nos possibilités… Oui, chers frères, les pauvres attendent de nous, les chrétiens, bien plus que nos prières et nos prescriptions dogmatiques et morales. Ils souhaitent trouver auprès de nous la pain de l’Espérance, de l’Amitié, du Partage, de l’Amour, du Courage, du Sourire, de l’Aide fraternelle… la joie du service et le bonheur du savoir-vivre-ensemble.
Dans la prière du «Notre Père», nous demandons notre pain de chaque jour. Ne faut-il pas aussi demander la faim de Dieu, comme l’annonçait le prophète Amos ? : «Voici venir des jours, Oracle du Seigneur, où je répandrai la famine dans le pays ; non pas la faim de pain, ni la soif d’eau, mais celle d’entendre la Parole du Seigneur» (Amos, 8, 11). Plus tard, lors de la cène, Christ lui-même «prit le pain, le rompit et le donna à ses disciples en disant : Prenez et mangez, ceci est mon corps» (Mt 26, 26-29).
Chers frères et sœurs, bénissons le Seigneur pour ce geste constamment renouvelé qui nous offre le Pain de vie. «Les pauvres mangeront et seront rassasiés : ils loueront le Seigneur, ceux qui le cherchent». Demandons à Dieu de nous donner faim de ce Pain nouveau… la faim de lui et le désir d’être à notre tour pain du partage, pour la vie de nos frères et sœurs en humanité.

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