05/11/09

Le Christ, sanctuaire éternel,
sacrifice vivant et parfait.

DEUXIEME LECTURE - Hébreux 9, 24-28


24 Le Christ n'est pas entré

dans un sanctuaire construit par les hommes,

qui ne peut être qu'une copie du sanctuaire véritable ;

il est entré dans le ciel même,

afin de se tenir maintenant pour nous

devant la face de Dieu.

25 Il n'a pas à recommencer plusieurs fois son sacrifice,

comme le grand prêtre qui, tous les ans,

entrait dans le sanctuaire

en offrant un sang qui n'était pas le sien ;

26 car alors, le Christ aurait dû plusieurs fois souffrir la Passion

depuis le commencement du monde.

Mais c'est une fois pour toutes,

au temps de l'accomplissement,

qu'il s'est manifesté

pour détruire le péché par son sacrifice.

27 Et, comme le sort des hommes est de mourir une seule fois,

puis de comparaître pour le jugement,

28 ainsi le Christ,

après s'être offert une seule fois

pour enlever les péchés de la multitude,

apparaîtra une seconde fois,

non plus à cause du péché,

mais pour le salut de ceux qui l'attendent.


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Culte ancien, culte nouveau… entre les deux, le cœur des Hébreux (c’est-à-dire ces chrétiens d’origine juive vivant loin du Pays de leurs Pères) balance. En effet, plus de sacrifice sanglant, plus de prêtre qui entre tout seul dans le sanctuaire (le Temple) pour expier propres péchés ainsi que ceux des fidèles qui le mandataient en quelque sorte devant Dieu. C’est ce culte ancien que Paul veut renouveler dans les pratiques des hébreux lorsqu’il présente le Christ comme le véritable Temple vivant, le point de convergence de notre foi et de notre espérance: «Détruisez ce temple et, en trois jours, je le relèverai.» Ainsi, alors que le grand prêtre retourne chaque année dans le sanctuaire pour recommencer le rituel d’expiation, saint Paul insiste que le Christ n’est pas un prêtre comme les autres, qu’il ne fait pas un « remake » de sa passion, de sa mort et de sa résurrection chaque année. Par son sang versé pour nous sur la croix, le Christ a détruit le péché des hommes une fois pour toutes. Le Temple de l’expiation de nos péchés, c’est son propre corps qui est entré dans le ciel auprès du Père. Là, il se tient «devant la face de Dieu» et il se manifestera dans la gloire pour le salut de tous les hommes. Le véritable sacrifice, c’est celui d l’Agneau de Dieu qui a été immolé sur la croix, et son sang est sans commune mesure avec celui des taureaux que les grands- prêtres égorgent à chacune de leur entrée dans le sanctuaire. Ce qui a été accompli avec et en Christ l’a été une fois pour toutes…

Difficile pour Paul de faire comprendre cette nouvelle réalité aux hébreux qui se souviennent pourtant des paroles du psalmiste chaque fois qu’ils prient avec le psaume 50: «Si j’offre un sacrifice, tu n’en veux pas, tu n’acceptes pas d’holocauste. Le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un esprit brisé ; tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un cœur brisé et broyé». Le sacrifice du Christ est parfait et définitif, il est la preuve indéniable de l’amour infini de Dieu pour les hommes, pour nos les hommes que Christ a élevés au rang d’enfants de Dieu, donc de frères. Et c’est comme tels qu’il nous apparaîtra à la fin des temps pour nous prendre dans sa gloire. A nous de nous préparer dans cette attente en nous laissant habiter par l’Esprit-Saint de Dieu et le laissant agir en nous (pour nous transformer et nous renouveler) et autour de nous (pour vivre le témoignage du Christ là où nous sommes).

…le Seigneur aime les justes.

PSAUME 145 ( 146 ), 5-6a, 6c-7ab, 8bc-9a, 9b-10

5 Heureux qui s'appuie sur le Dieu de Jacob,

qui met son espoir dans le Seigneur son Dieu,

6 lui qui a fait le ciel et la terre.

Il garde à jamais sa fidélité,

7 il fait justice aux opprimés ;

aux affamés il donne le pain.

8 Le Seigneur redresse les accablés,

le Seigneur aime les justes.

9 Le Seigneur protège l'étranger,

Il soutient la veuve et l'orphelin.

10 D'âge en âge, le Seigneur régnera :

ton Dieu, ô Sion, pour toujours !


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Ce psaume de louange illustre parfaitement cette fidélité du Seigneur à ceux qui ont mis en lui toute leur confiance, particulièrement les opprimés (ceux qui sont persécutés pour la singularité de leurs croyances religieuses, politiques et idéologiques…), les affamés (ceux qui vivent au banc de la société et qu’on ne laisse même pas se nourrir des restes qui tombent de la table des riches…), la veuve (que l’on harcèle de toutes parts et dont les scribes et les pharisiens scrutent sans cesse le porte-monnaie…), l’orphelin (qui recherche en vain la chaleur et la sécurité d’un père…). A tous ceux-là — et il y en avait un grand nombre parmi les israéliens qui revenaient de l’exil — le Seigneur rend justice. Certes, Israël manifeste à travers ce psaume la joie de retour sur la Terre des ancêtres, joie qui culminera dans la reconstruction du Temple démoli par le roi Nabuchodonosor… mais il se souvient aussi que Dieu, à travers le temps, depuis Moïse, a toujours été présent à ses côtés comme le libérateur, le défenseur des faibles (lorsqu’ils ont été tyrannisés et déportés), le Père aimant en dépit de leurs infidélités répétées et de ses courroux: « …Aujourd'hui écouterez-vous sa parole? «Ne fermez pas votre cœur comme au désert, comme au jour de tentation et de défi, où vos pères m'ont tenté et provoqué, et pourtant ils avaient vu mon exploit. Quarante ans leur génération m'a déçu, et j'ai dit : Ce peuple a le coeur égaré, il n'a pas connu mes chemins. Dans ma colère, j'en ai fait le serment : Jamais ils n'entreront dans mon repos.» Or nous savons bien que le Seigneur s’est fait miséricordieux et qu’il a soutenu de sa main puissante son peuple, preuve de sa présence permanente et infaillible. Ce qui est vrai pour Israël l’est également pour tout homme, indépendamment de sa tribu, sa langue, son peuple et sa nation (Ap 4-5). Ecouter et regarder, deux attitudes qui nous sont recommandées pour agir en nous-mêmes et au milieu de nous l’image du Seigneur qui pose son regard et sa main agissante sur le pauvre sans défense, sur le laisser-pour-compte. Ce sont ceux-là qu’il nous est demandé d’entraîner dans l’allégresse, en toute humilité et toute confiance dans le Seigneur: «heureux les pauvres de cœur, le royaume de Dieu est à eux»

"Jarre de farine point ne s'épuisera,
vase d'huile point ne se videra…"

PREMIERE LECTURE -1 Rois 17,10-16


10 Le prophète Elie partit pour Sarepta,

et il parvint à l'entrée de la ville.

Une veuve ramassait du bois;

il l'appela et lui dit :

« Veux-tu me puiser, avec ta cruche,

un peu d'eau pour que je boive ? »

11 Elle alla en puiser.

Il lui dit encore :

« Apporte-moi aussi un morceau de pain. »

12 Elle répondit :

« Je le jure par la vie du Seigneur ton Dieu :

je n'ai pas de pain.

J'ai seulement, dans une jarre,

une poignée de farine,

et un peu d'huile dans un vase.

Je ramasse deux morceaux de bois,

je rentre préparer pour moi et pour mon fils

ce qui nous reste.

Nous mangerons, et puis nous mourrons. »

13 Elie lui dit alors :

« N'aie pas peur, va, fais ce que tu dis.

Mais d'abord cuis-moi un petit pain et apporte-le moi,

ensuite tu feras du pain pour toi et ton fils.

14 Car ainsi parle le Seigneur, Dieu d'Israël :

Jarre de farine point ne s'épuisera,

vase d'huile point ne se videra,

jusqu'au jour où le Seigneur

donnera la pluie pour arroser la terre. »

15 La femme alla faire ce qu'Elie lui avait demandé,

et longtemps, le prophète, elle-même et son fils

eurent à manger.

16 Et la jarre de farine ne s'épuisa pas,

et le vase d'huile ne se vida pas,

ainsi que le Seigneur l'avait annoncé par la bouche d'Elie.


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Le prophète Elie (9° siècle avant JC) est en exil volontaire dans cette ville de Sarepta qui est en dehors du royaume d’Israël en protestation contre l’introduction par la reine Jézabel, la nouvelle épouse du roi Achab, de l’idolâtrie sur la terre de ses Pères. En effet, venue du royaume voisin de Sidon, donc païenne, elle a emmené dans ses valises 400 prêtres, de nombreuses statues ainsi que des pratiques d’adoration du Baal dont toute sa suite dit qu’il est le dieu de la pluie, de la fertilité et de la foudre. Pour Elie, ç’en était donc trop ! Mais devant la mollesse des siens et leur entrain à servir le nouveau dieu Baal, Elie jette un anathème: «Par la vie du Seigneur, le Dieu d'Israël au service duquel je suis, il n'y aura ces années-ci ni rosée ni pluie sinon à ma parole», car les enfants d’Israël transgressaient là le premier verset du pacte de l’Alliance qui est la profession de foi traditionnelle d’Israël, appelée par son premier mot en hébreu "Shema", et dans laquelle l’attitude première demandée au peuple juif est l’écoute: «Ecoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’Unique. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. Ces commandements que je te donne aujourd’hui resteront dans ton cœur. Tu les rediras à tes fils, tu les répéteras sans cesse, à la maison ou en voyage, que tu sois couché ou que tu sois levé; tu les attacheras à ton poignet comme un signe, tu les fixeras comme une marque sur ton front, tu les inscriras à l’entrée de ta maison et aux portes de tes villes; et Dieu de lui ordonner d’aller» (Dt 6, 4). Oui, Elie s’exile sur ordre du Seigneur parce que son peuple n’écoute plus ses oracles: «Va-t-en d'ici, dirige-toi vers l'orient et cache-toi dans le ravin de Kerith, qui est à l'est du Jourdain. Ansi tu pourras boire au torrent, et j'ai ordonné aux corbeaux de te ravitailler là-bas.» (1 R 17, 3-4) «La parole du Seigneur lui fut adressée: Lève-toi, va à Sarepta qui appartient à Sidon, tu y habiteras ; j'ai ordonné là-bas à une femme, à une veuve, de te ravitailler.» Elie obéit et s’en alla. Derrière lui, le pays connut une sécheresse sans précédent; le torrent cessa de couler et la terre devint infertile. Et l’épisode décrit dans notre texte de ce dimanche nous présente justement Elie, le prophète de Dieu, affamé et réduit à mendier auprès d’une inconnue, une païenne. A celle-ci, il demande même l’impossible… mais Dieu qui n’abandonne pas ses serviteurs est là, présent dans le cœur de cette femme qui croit en ce qu’il lui annonce «Car ainsi parle le Seigneur, Dieu d'Israël: Jarre de farine point ne s'épuisera, vase d'huile point ne se videra, jusqu'au jour où le Seigneur donnera la pluie pour arroser la terre.» (14) et partage avec lui: elle risque sa vie et celle de son fils sur la seule parole de Dieu. Comme Elie, elle s’est dépouillée du peu qu’elle avait et s’en est remise entre les mains de Dieu. Les exemples de cette confiance totale en Dieu seront nombreux dans l'histoire, depuis Abraham et sa paternité tardive jusqu'à cet aveugle sur la route de Jéricho, en passant par le plus merveilleux de tous, l'acceptation par Marie de l'honneur que lui fait Dieu lui-même de porter et d'enfanter celui qui sera le Messie, le Sauveur du monde des pécheurs. Et de nos jours aussi, de telles attitudes de simplicité et d'abandon à Dieu existent au cœur des drames de nos vies individuelles et collectives. Aujourd'hui encore, Dieu nous demande de lui faire confiance (cum fides), c'est-à-dire de faire acte de foi.

Ainsi donc, quel bel exemple de confiance totale, d’abnégation de la part de cette païenne! Mais elle a eu la grâce d’entendre la voix du Seigneur à travers la parole du prophète. Oui, le Seigneur qui n’est plus écouté par ceux de son peuple vautrés dans l’idolâtrie parle aussi aux païens. Nous voyons déjà se révéler de plus en plus fortement l’universalité du message divin. Sin donc Israël en est le berceau en tant que peuple choisi par Dieu lui-même, il n’en n’a pas l’exclusivité. Le projet divin embrasse toute l’humanité et à travers tous les temps.