31/08/2008

Diamanche plus…
“mettre nos pas dans ceux du Seigneur“

Bonjour,
J’ai voulu, pour ce deuxième “Dimanche plus…“ mettre sous le projecteur l’une des paroisses de mon quartier : Notre Dame des Anges. L’église, un édifice relativement discret et plutôt bien intégré à l’architecture diversifiée d’un quartier en pleine réhabilitation, offre des volumes bien équilibrés. Elle abrite, à l’entrée dans la partie postérieure de la nef, une Vierge au regard lumineux, intense et profond : quand on la regarde, on a vite cette impression qu’elle nous voit, qu’elle entend ce qu’on lui dit et qu’elle nous répond ; le dialogue est vite établi et la sensation de parler à une mère s’en trouve renforcée. Dans le chœur, à gauche de l’autel, une imposante icône de la Madonne force le recueillement. Avec la présence de nombreuses Sœurs de l'Adoration perpétuelle et l'animation liturgique prise en charge par tous, la communauté paroissiale est vivante. Il y fait bon vivre dans cette « maison de prière pour tous ».
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L'icône de la Vierge
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En ce 22ème dimanche du temps ordinaire, il y a foule dans l’église. Une réelle impression de fin de vacances d’été. Et l’ambiance en aux retrouvailles pour les paroissiens habituels et les nouveaux, comme moi. A l’entrée de l’église, le RP Pierre Vuillermoz, curé de la paroisse épaulé ce jour par le RP Cochet accueille tout le monde : un bonjour, un mot «comment allez-vous donc ? Alors ! vous avez passé de belles vacances ?
» … en tout cas une attention réelle entrée en communauté.
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J’ai retenu pêle-mêle quelques mots, toujours simples et (à mon sens) vrais de l’homélie du RP Vuillermoz (ci-contre) autour de l’extrait de l’Evangile de saint Matthieu (Mt 16, 21-27):


Pierre veut dissuader le Seigneur de suivre le programme qu’il leur annonce: Jérusalem, la persécution, la mort, la résurrection. Il est de bonne foi, il veut «protéger» le Maître. Mais celui-ci perçoit dans cette déclaration une logique de Satan, qu’il repousse énergiquement, sans compromis.

«Prends ta croix et suis-moi», tel est le mot d’ordre pour le chemin du salut. Toujours avoir les yeux fixés sur Celui qui nous montre le chemin à suivre, sur Celui qui est ce chemin même. Pour chacun de nous, cela passe aujourd’hui par la relecture permanente et la méditation de l’Evangile pour le vivre au quotidien au milieu et avec nos frères. C’est aussi, à l’exemple de Jérémie, accepter les difficultés, les railleries, les critiques, aussi dures et méprisantes soient-elles. Oui, il n’est pas toujours facile de parler au nom du Seigneur !

Avec tout ce que tu as et comme tu es, le Seigneur t’appelle ; il te fait confiance et te dis à chaque instant: «viens et suis-moi». Etre son disciple, c’est avant tout être serviteur : d’abord de nous-mêmes, avec tout ce que nous avons comme forces de l’Esprit intérieures à reconnaître et à développer ; pour les autres, en église et en dehors de l’Eglise, car l’appel du Seigneur est à annoncer et à proclamer par toute la terre.

Confiance, humilité et solidarité, telles sont les armes que le Seigneur nous donne pour être ses serviteurs parfois souffrants, et ainsi, mettre nos pas dans les siens pour suivre son chemin.


De gauche à droite ou de haut en bas :
La communion | La sortie de la messe



29/08/2008

Renoncer à soi-même pour suivre le Christ…

L'Evangile de ce 22ème dimanche du temps ordinaire est un extrait de saint Matthieu (Mt 16, 21-27):

16
21i Pierre avait dit à Jésus : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant. » À partir de ce moment, Jésus le Christ commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des chefs des prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter.
22 Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches : « Dieu t'en garde, Seigneur ! cela ne t'arrivera pas. »
23 Mais lui, se retournant, dit à Pierre : « Passe derrière moi, Satan, tu es un obstacle sur ma route ; tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »
24 Alors Jésus dit à ses disciples : « Si quelqu'un veut marcher derrière moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive.
25 Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la gardera.
26 Quel avantage en effet un homme aura-t-il à gagner le monde entier, s'il le paye de sa vie ? Et quelle somme pourra-t-il verser en échange de sa vie ?
27 Car le Fils de l'homme va venir avec ses anges dans la gloire de son Père ; alors il rendra à chacun selon sa conduite.
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Quelques pistes pour notre méditation

Cet extrait de l’Evangile selon saint Matthieu vient en continuité mais également en contraste avec le texte du dimanche dernier. Rappelons-nous Pierre confessant spontanément : «Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant»… et Jésus lui répondant : «ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela (sous-entendu tu ne l’as pas deviné tout seul), mais mon Père qui est aux cieux». Car après avoir dit cela, Jésus s’était mis à exposer son programme de passion et de mort, mais aussi de résurrection et de retour dans la gloire. Mais Pierre (encore lui !) de s’insurger contre de telles perspectives. De bonne foi, sûrement ! Non! Le Messie, tel qu’il se le représente, ne peut souffrir, il ne peut être battu et le Fils de Dieu ne peut mourir sous les coups des hommes, des impies. En fait, Pierre commence là sa série de reniements, lui que Jésus venait pourtant d’introniser chef de son Eglise sur terre. Pour lui, le Messie, c’est le roi, le fort, le vaillant, l’invincible : impossible d’imaginer un roi tel que le leur décrit Jésus. Ce dernier voit dans cette attitude de Pierre la marque de Satan et, d’un ordre autoritaire, il l’éloigne de sa route.

Pierre veut s’approprier les pensées de Dieu ou les énoncer à sa place, mais il oublie que le plan de Dieu est totalement à l’opposé de nos velléités humaines: «Vos pensées ne sont pas mes pensées», dit Dieu (Is 55, 6-8). Pas de triomphalisme donc, mais de la tendresse, de la pitié, de la miséricorde : tels sont les attibuts de ce roi qui se fait serviteur… La marche annoncée vers Jérusalem appelle les disciples à une lente transformation de leur regard sur Jésus et de leurs projets individuels. «Qui m’aime me suive», dira Jésus ailleurs. La souffrance jusqu’à la mort, tel est le programme d’amour qu’il propose à Pierre et ses compagnons : «Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la gardera» (v. 25). Saint Jean écrira également : «Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis» (Jn 15, 13). Alors résonne comme un principe non négociable pour vivre à la suite de Jésus : «Si quelqu'un veut marcher derrière moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive». Renoncer à soi-même, c’est-à-dire se dépouiller de ses individualismes (égoïsmes) pour accueillir la pensée et le dessein de Dieu, pour suivre le chemin que Jésus lui-même montre. Il n’y a pas d’autre chemin que Jésus lui-même, et ce chemin de la vie passe par la souffrance. Partir à Jérusalem, souffrir, être tué, et le troisième jour ressusciter : voilà la feuille de route que Jésus propose à ses disciples… pas facile! Et c’est pourtant à la mesure de notre engagement que son Père, notre Père, rétribuera chacun de nous au jour de gloire.

Plaire à Dieu… tout un programme de vie !

Le texte de la seconde lecture que la liturgie nous propose en ce 22ème dimanche du temps ordinaire est extrait de la Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains (Rm 12, 1-2). Deux versets “seulement“(!), pourrait-on dire, mais qui nous encouragent à vivre véritablement et raisonnablement notre vie de chrétien.
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12
01 Je vous exhorte, mes frères, par la tendresse de Dieu, à lui offrir votre personne et votre vie en sacrifice saint, capable de plaire à Dieu : c'est là pour vous l'adoration véritable.
02 Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour savoir reconnaître quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait.
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Quelques repères pour la réflexion

Dans les chapitres précédents, Paul vient de « dérouler » les fondamentaux de sa doctrine théologique. Mais tous ses cheminements convergent vers une seule et même évidence : la tendresse infinie de Dieu. Lorsque donc il exhorte ses frères à offrir à Dieu leur propre personne et leur vie en sacrifice saint, capable de plaire à Dieu, cela n’est pas de la nature de “simples maximes“, de règles de vie sommaires. L’adoration véritable, c’est-à-dire logique, ne peut se comprendre à partir des catégories usuelles de la théorie (d’un côté) et de la pratique (de l’autre). Il n’y a pas de hiatus possible entre la doctrine et la vie concrète. Saint Paul veut nous faire comprendre que toute action d’un chrétien se fonde sur l’action antérieure de Dieu en Christ : c’est justement en raison de ce que Dieu a fait en Christ que les chrétiens sont appelés à manifester et vivre une foi qui s’exprime concrètement dans la vie et le service durable en église. Cela signifie que, pour ce qui est du mode de vie chrétien, les exhortations de saint Paul sont, en fait, une autre manière d’exprimer l’Evangile du salut en Jésus Christ. Le chrétien ne saura reconnaître quelle est la volonté de Dieu en dehors de la tendresse infinie de celui qui a sacrifié (au sens étymologique de “sacrum facere, c’est-à-dire rendre sacré“) sa vie pour tous les hommes.

Et nous ne sommes pas seuls dans cette démarche d’offrande et de sacrifice de soi. Ce ne sont pas les interminables libations qui nous rendront dignes de l’infinie tendresse du Christ : «Si j’offre un sacrifice, tu n’en veux pas, tu n’acceptes pas d’holocauste. Le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un esprit brisé; tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un cœur brisé et broyé» (Ps. 50, 18-19). Le Christ lui-même est avec nous qui nous soutient dans notre «sacrification».

La suite de l’extrait de cette Lettre aux Romains donne un ton encore plus direct et plus incitatif à cette exhortation :
«Au nom de la grâce qui m’a été donnée, je dis à chacun d’entre vous : n’ayez pas de prétention au delà de ce qui est raisonnable, soyez assez raisonnables pour n’être pas prétentieux, chacun selon la mesure de foi que Dieu lui a donnée en partage. En effet, comme nous avons plusieurs membres en un seul corps et que ces membres n’ont pas tous la même fonction, ainsi, à plusieurs, nous sommes un seul corps en Christ, étant tous membres les uns des autres, chacun pour sa part».

La réalisation de la volonté de Dieu est affaire individuelle et collective, car «Unus christianus – nullus christianus» (un chrétien seul n’est pas chrétien). En effet, on ne peut être chrétien qu’ensemble, avec nos frères et sœurs en Christ. Dès les premiers temps (parcourons les Actes des Apôtres), le christianisme a été une réalité collective, et les apôtres rappellent cette donnée fondamentale constitutive de notre Eglise: Etre chrétien, cela signifie que l’on appartient à l’Eglise à laquelle on est incorporé, c’est être membre de la communauté apostolique qui a été constituée et rassemblée par Jésus lui-même. Dans son enseignement, Paul insiste sur le fait que les chrétiens ne sont pas seulement unis entre eux : avant tout, ils sont un en Christ. C’est parce qu’ils sont unis unis qu’ils le sont entre eux ; la relation au Christ fonde et justifie celle des chrétiens entre eux. C’est cette communion préalable avec le Christ qui rend possible la communion en lui de tous les frères et sœurs, y compris ceux en dehors de l’Eglise, en particulier nos ennemis. Car en effet : «Ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, c’est lui qui nous a aimés» (1 Jn 4,10), ce n’est pas non plus nous qui l’avons choisi, mais c’est au contraire lui qui nous a choisis, «qui nous a séduits» (Jr 20, 7).

La volonté de Dieu, c’est que toutes ses brebis soient réconciliées et sauvées en Jésus Christ. Et Saint Paul nous exhorte à vivre dans une tension soutenue vers ce but ultime : savoir reconnaître la volonté de Dieu et ce qui lui plaît, et s’offrir comme instrument de sa glorification dans ce monde. La question (à la fois théologique et morale) que nous devrons nous poser à chaque instant de notre vie individuelle et collective est la suivante : En quoi ce que je fais contribue-t-il à la manifestation de la gloire de Dieu au milieu de mes frères, ceux qui me sont proches à bien des égards, mais aussi ceux qui sont éloignés voire opposés ou hostiles à ma foi chrétienne ?

28/08/2008

Rechercher Dieu
et vivre de sa présence…

Bonjour !
Le psaume qui nous est proposé pour soutenir la méditation du texte de Jérémie (Jr 20, 7-9) pourrait s'intituler : "Ma vie n'a de sens qu'en présence de mon Seigneur". Il se dégage comme une atmosphère d'urgence médicale dans ces versets d'une intensité insoupçonnée. Vite ! "un masque à Dieu", pourrait-on dire, comme s'il s'agissait d'un cas d'anoxie… Mais Dieu n'est-il pas notre oxygène, notre souffle de vie ?

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Psaume (62, 2, 3-4, 5-6, 8-9)


02 Dieu, tu es mon Dieu,
je te cherche dès l'aube :
mon âme a soif de toi ;
après toi languit ma chair,
terre aride, altérée, sans eau.

03 Je t'ai contemplé au sanctuaire,
j'ai vu ta force et ta gloire.
04 Ton amour vaut mieux que la vie :
tu seras la louange de mes lèvres !

05 Toute ma vie je vais te bénir,
lever les mains en invoquant ton nom.
06 Comme par un festin je serai rassasié ;
la joie sur les lèvres, je dirai ta louange.

08 Oui, tu es venu à mon secours :
je crie de joie à l'ombre de tes ailes.
09 Mon âme s'attache à toi,
ta main droite me soutient.
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La soif, la faim… c’est-à-dire un manque à combler, un besoin qui suscite une démarche de recherche. De toute la force de son désir, un homme (re)cherche Dieu à l’aube. Mais la quête de Dieu ne peut naître que du goût de sa présence. L’homme éloigné, séparé de Dieu, livré à lui-même, à ses seules forces n’a qu’une vie asséchée, craquelée telle une terre aride. Mais celui qui recherche Dieu aspire à la vie regénérée par son eau. Déjà dans le psaume 41, le psalmiste s’écrie : "Comme un cerf altéré cherche l'eau vive, ainsi mon âme te cherche, toi mon Dieu. Mon âme a soif de Dieu, le Dieu vivant" (Ps 41, 2-3). En effet, sans eau pas de vie ; c’est pourquoi cette soif et cette faim de Dieu sont assimilées (par le psalmiste) à des besoins presque physiques. [Notons par ailleurs que dans la mentalité hébraïque, l’âme est le symbole de la totalité de l’être].

La seconde et la troisième strophes font mention de cette vie en présence de Dieu à travers le rituel au Temple, particulièrement la louange de l'Eternel. Fondamentalement, Dieu n'a pas besoin de notre louange, mais notre louange nous rapproche de lui, car elle nous fait connaître que tout vient de lui, source de toute grâce. L’homme comblé par la présence de Dieu lui rend grâce, il dit sa louange et, les mains levées au ciel à l’image de celles du Christ sur la Croix, proclame ses hauts faits. C’est même toute la vie qui devient une perpétuelle occasion de rendre gloire à Dieu : «Toute ma vie je vais te bénir, lever les mains en invoquant ton nom» (v. 5).
Il n’y a pas meilleure prière que celle d’action de grâce, d’acclamation et de louange. Dès cette terre, Dieu se laisse contempler à ses “privilégiés“, car le Seigneur le dit lui-même à Moïse : «Tu ne peux pas voir ma face, car l'homme ne saurait me voir et vivre» (Ex 33 20). «Sans te voir, nous t'aimons, sans te voir nous croyons et nous exultons de joie, Seigneur, sûrs que tu nous sauves…» (RP Lucien Deiss). Voilà pourquoi le psalmiste a prié ainsi du fond de tout son être : «Mon âme a soif de Dieu, du Dieu vivant: Quand irai-je et paraîtrai-je devant la face de Dieu?» (Ps. 42, 1). Oui, en effet, une telle soif aspire tout l’être, car l’amour de Dieu vaut mieux que la vie : il sera la louange de mes lèvres !

Ce Dieu que l’on cherche dès l’aube est donc l’aliment qui nourrit et qui rassasie ; c’est le principe vital qui unit le ciel et la terre, qui emplit l’humanité de sa présence. Source de vie inépuisable, terre lavée par le sang de l’Agneau… jamais union n’a été aussi fortement implorée que dans ce psaume. Le croyant s’attache au Seigneur, et la main droite de Dieu soutient et défend quiconque sollicite son aide, se met sous la protection de ses ailes et s’abreuve de son eau.
L'eau capable de désaltérer la vraie soif et qu'aucun homme ne peut donner : c'est Dieu lui-même dans sa Parole et dans sa chair.
C’est seulement dans cette offrande que toute soif et toute faim sont apaisées : «l'homme ne vit pas seulement de pain, mais l'homme vit de tout ce qui sort de la bouche de Yahvé» (Dt 8, 3; cf. Mt 4, 4). En cela, par l’Eucharistie, cette nourriture mystique dans la communion avec Dieu, notre vie est marquée du seau de l’Esprit, transfigurée par la présence du Christ à chaque instant, en partage avec nos frères. Alors, véritable fontaine de vie nouvelle, la présence de Dieu nous convie à nous unir à lui pour les noces de la vie, pour le festin de l’amour.


26/08/2008

Se laisser séduire par le Seigneur…

Bonjour, chers amis de l'Evangile au quotidien !

La première lecture du 22ème dimanche du temps ordinaire est extraite du Livre de Jérémie. Un texte qui laisse entendre le cri du cœur d'un homme excédé par l'outrage, un texte qui n'est pas sans rappeler notre propre découragement face à ce que (parfois) nous pensons être un manque de soutien du Seigneur lorsque nous sommes en difficulté dans l'exercice de notre apostolat (Jr 20, 7-9).
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20
07 Seigneur, tu as voulu me séduire,
et je me suis laissé séduire ;
tu m'as fait subir ta puissance,
et tu l'as emporté.
A longueur de journée je suis en butte à la raillerie,
tout le monde se moque de moi.
08 Chaque fois que j'ai à dire la parole,
je dois crier,
je dois proclamer :
« Violence et pillage ! »
A longueur de journée, la parole du Seigneur
attire sur moi l'injure et la moquerie.
09 Je me disais : « Je ne penserai plus à lui,
je ne parlerai plus en son nom. »
Mais il y avait en moi comme un feu dévorant,
au plus profond de mon être.
Je m'épuisais à le maîtriser,
sans y réussir.
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Cet extrait de Jérémie est très touchant. Voici une personne en principe reconnue pour dire les oracles du Seigneur, un porte-parole de Dieu qui se plaint du sort qui lui est réservé, justement dans (et à cause) de l’exercice de sa fonction. Personne ne l'écoute, et pour la presque totalité du peuple, il radote. Jérémie est dépité, il en a marre de se faire traiter de tous les noms d’oiseaux ; il est excédé d’être sujet à la moquerie, à l’injure. Il dit sa déception au Seigneur : «Seigneur, tu as voulu me séduire, et je me suis laissé séduire ; tu m'as fait subir ta puissance, et tu l'as emporté».
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Séduire…
le mot est trop faible à mon sens. En grec, βιάζω veut dire abuser — εκμεταλλεύομαι veut dire abuser ou exploiter — καταχρώμαι veut dire aussi abuser ou détourner. C’est dans ce sens qu’il convient de traduire le ras-le-bol de Jérémie : "abuser", avec toutes les nuances que peut prendre ce verbe français: "duper, tromper" (voir Juges 16/15 ; II Samuel 38/25 ; I Rois 22/20-23 = II Chroniques 18/19-21 ; Proverbes 1/10 ; 24/18 ; 25/15) ; parfois peut-être "forcer" (voir Proverbes 16/29 ); "tromper Dieu" (voir Psaumes 78/36) ou "se tromper de dieu" (voir Deutéronome 11/16 ; Job 31/27). Egalement "abuser sexuellement" (voir Juges 14/15 ; Job 31/9 et surtout Exode 22/15). A ce propos, il est intéressant de rapprocher Jérémie 20/7 de Osée 2/16 et de Ezéchiel14/9.
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Mais pour bien comprendre ce cri du cœur du prophète, il est bon de rappeler le contexte de son «ministère». Les enfants d’Israël ne priaient plus Dieu, ils adoraient plutôt Bâal, une divinité païenne et faisaient sans cesse le mal. Un jour, le roi des Assyriens envahit le pays et captura beaucoup de prisonniers. Alors se réalisa la sentence que Dieu avait prononcée contre Israël: «Parce que vous refusez de me servir, leur dit Dieu, vous servirez des étrangers loin de votre pays !» Mais dans son infinie miséricorde, le Seigneur Dieu envoya son prophète Jérémie pour avertir les habitants de Jérusalem. «Arrêtez de faire le mal !», les supplia-t-il, «sinon, voilà ce qui vous attend !». Pendant des années, Jérémie, pourtant né d’une famille sacerdotale bien connue, répéta ce message aux habitants de Jérusalem qui ne cessèrent de se moquer de lui. Un jour, ils l'enfermèrent dans un puits sombre et plein de boue. Le prophète fut même battu et mis en prison à cause des avertissements qu’il consignait par ailleurs dans un livre que le méchant roi fit brûler. Alors, Jérémie prophétisa ainsi : «Dieu va vous chasser de ce pays … Mais après soixante-dix ans, il vous y ramènera!». Et cela arriva. Nabuchodonosor, roi de Babylone, envahit le pays avec son armée, captura tout le peuple juif et fit brûler la ville de Jérusalem.

Ce texte de Jérémie est très symbolique des difficultés de l’annonce de la Parole de Dieu. Toute l’histoire d’Israël est jalonnée d’exemples d’élus qui ont été calomniés et torturés à cause de Dieu. Jésus lui-même fut persécuté parce qu’il proclamait partout la venue du règne de Dieu, le règne de l’alliance nouvelle, le règne de l’Amour. Il a été moqué parce qu’il se disait Fils de Dieu (outrage suprême !) : il fut arrêté, condamné et crucifié pour cela… Ses disciples connurent le même sort. En témoignent «les Actes des Apôtres». Pourtant, à travers toutes ces tribulations, il est bon de rappeler la proximité de Dieu avec ceux qui souffrent — parfois jusqu'au martyre — à cause de la Bonne Nouvelle qu'ils annoncent en son nom. Les Béatitudes ne sont pas autre chose que la glorification de cette relation particulière à Jésus (Mt 5, 10-12):

Heureux êtes-vous lorsque l'on vous insulte, que l'on vous persécute et que l'on dit faussement contre vous toute sorte de mal à cause de moi.
Soyez dans la joie et l'allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux; c'est ainsi en effet qu'on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés.

Quel contraste avec les avertissements de prophètes tout au long de l’histoire d’Israël. En effet, avec constance ils annonçaient des malheurs, sanctions des infidélités de leur peuple : «Malheur à vous…!» (cf. par ex. Am 5,18 et 6,1 ou la liste de sept malédictions en Is 5,8-25 et 10,1-4). Dans les béatitudes, Jésus reprend en quelque sorte ce même ton prophétique, mais pour annoncer une nouvelle manière de vivre ces “malheurs“ en communion et en relation avec lui.

Finalement, c’est peut-être parce que Jérémie, par sa fidélité, s’est attaché au Seigneur pour apprendre de lui comment vivre ce paradoxe (être persécuté à cause de lui) que l’on peut comprendre le verbe «abuser» comme une séduction : «Mais il y avait en moi comme un feu dévorant, au plus profond de mon être». Oui, le Seigneur est attachant. Le lier-délier qu’il annonce à Pierre n’a de sens que dans cette relation première et permanente avec Dieu lui-même. Plus tard, Paul sera la figure emblématique de cette relation fondamentale de tout homme à Christ. Cette relation est exclusive : par lui, avec lui et en lui nous vivrons et nous prendrons part à sa gloire.
Telle est la promesse de Dieu faite aux hommes de tous les temps: Plus qu’une plainte, il s’agit donc plutôt de la crainte de Jérémie pour son Dieu dont il est sûr de sa fidélité. Le Seigneur n’abandonne pas ceux qui ont placé en lui sa confiance. Un véritable placement qui rapporte non pas un petit 4% revalorisable en fonction de l’inflation, mais un placement solide et sûr qui rapporte au-delà de toutes nos espérances et selon nos mérites. A la suite de Jésus qui nous ouvre le chemin de la confiance et de la fidélité à son nom, ce qui nous est promis n’est rien de moins que la joie et l’allégresse d’une relation filiale totale avec Dieu…
Alors ! laissons-nous séduire, charmer, envoûter, habiter, et pourquoi pas abuser par le Seigneur Dieu: il a promis d'être avec nous tous les jours, jusqu'à la fin des temps. Sa présence silencieuse dans notre vie quotidienne est une grâce, une faveur du Dieu-qui-sauve.

24/08/2008

« … Et vous, qui dites-vous que je suis ? »

Bonjour !
Je pourrais intituler cette petite rubrique : “Dimanche plus“, un développement supplémentaire de certains passages de l'Evangile qui retiennent plus particulièrement mon attention, et qui suscitent en moi d'autres pistes de réflexion. Alors, je vous les livre ici, comme un petit plus au commentaire habituel…
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« Fils de… »

Nous avons tous des amis, des gens qui font partie de ce qu’on appelle «le premier cercle». Mais il nous est arrivé à chacun d’entre nous de faire la même expérience que Jésus : “nos amis, qui pensent-ils que nous sommes ? Nous connaissent-ils vraiment ?“ Le doute est tellement réel que nous n’osons pas leur poser cette délicate question… et nous laissons aller les choses dans cette indécision pendant des années, parfois toute une vie ! Jésus au contraire pose la question de son identité car il a besoin de savoir si ses disciples connaissent réellement celui qu’ils suivent. Nous savons la spontanéité de Pierre : «Tu es le Messie, le fils de Dieu». Ce n’est pas par la raison (la ratio), ni par son intelligence qu’il professe cette vérité fondamentale. Ce n’est pas par la “chair et le sang“ non plus, mais par la puissance de Dieu ; ce Dieu que Jésus révèle aux disciples comme étant son Père. D’ailleurs, sa réponse est presque symétrique : «Heureux es-tu, Simon, fils de Yonas…». Oui, Jésus le qualifie à son tour de «fils de…» et lui confie aussitôt une lourde mission : «…Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l'emportera pas sur elle. Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux.»

La folie de Dieu pour nous les hommes…
Et c’est là que tout devient ahurissant : comment Jésus peut-il confier une telle charge à un froussard comme Pierre, à une personne qui n’a pas su lui faire confiance lorsqu’il lui avait ordonné de marcher sur les eaux, à celui par qui s’exprimera Satan [« … Mais lui, se retournant, dit à Pierre : « Passe derrière moi, Satan, tu es un obstacle sur ma route ; tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes.» (Mt 16, 23)], à celui dont il sait que plus tard il le reniera par trois fois ! Or c’est bien là la preuve que «les chemins de Dieu sont insondables» : voilà la folie de Dieu pour les hommes. Il affermit ce qui en nous fluctue sans cesse, il consolide nos irrégularités, il mise même sur nos faiblesses pour bâtir son royaume dont il nous confie les clés.

Par lui, avec lui et en lui…
«… tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux». Il n’y a pas meilleure image que celle de l’arc-en-ciel pour réaliser pleinement la portée de cette parole. Car elle nous est adressée aussi à chacun de nous, personnellement. Tel un arc-en-ciel, nous sommes appelés, avec nos différences, à converger vers l’édification de cette église, notre église. Nous nous lions à Dieu et aux autres dans l’Eucharistie pour partager un seul et même corps ; nous nous lions à Dieu et aux autres dans le sacrement de pénitence chaque fois que nous nous relevons d’une chute, d’une fracture. Nous nous relions à Dieu et aux autres toutes les fois que nous reconstruisons l’espérance dans la nuit du monde.

« Nom de Dieu ! »
Jésus donne un nouveau nom à Simon, il l’appelle “Pierre“. Oui, lorsque nous nous lions à Dieu, celui-ci nous donne une nouvelle identité, car ainsi il nous fait renaître à la vie, à l’amour. Le Pasteur connaît toutes ses brebis et les appelle chacune par son nom. Je ne suis jamais un quidam devant Dieu. La nouvelle identité née de mon engagement sur son nom fait de moi un missionnaire particulier à ses yeux : désormais, je compte pour lui tout autant qu’il compte pour moi.
Cette église qu’il nous donne de gérer chacun selon ses talents est un véritable trésor. Non pas enfoui et planqué en un lieu qu’il ne faut surtout pas dévoiler, mais un trésor vivant qu’il nous faut partager avec nos frères, qu’il nous faut faire découvrir à ceux qui ne connaissent pas la promesse de Dieu faite aux hommes : «Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera et nous viendrons à lui, et nous ferons chez lui notre demeure». (Jn 14, 23).

Pour nous, pour chacun d’entre nous, qui est Jésus ? En quoi compte-t-il dans notre vie ? Dans quelle mesure nous efforçons-nous d’accomplir la mission qu’il nous a confiée à travers Pierre ? Et comment œuvrons-nous pour la réalisation de sa volonté et l’avènement de son règne sur terre ? Jusqu’où sommes-nous fiers de manifester au monde notre nouvelle identité de «fils de Dieu» ?

22/08/2008

« Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant »…

Chers amis, bonjour !

L'Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu (Mt 16, 13-20), pour ce 21ème dimanche du temps ordinaire, nous parle de la révélation de l'identité de Jésus et de l'extraordinaire confession de Simon, fils de Yonas, qui sera fait "premier pilier d'une communauté naissante : l'Eglise de Dieu".
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16
13 Jésus était venu dans la région de Césarée-de-Philippe, et il demandait à ses disciples : «Le Fils de l'homme, qui est-il, d'après ce que disent les hommes ?»
14 Ils répondirent : «Pour les uns, il est Jean Baptiste ; pour d'autres, Élie ; pour d'autres encore, Jérémie ou l'un des prophètes.»
15 Jésus leur dit : «Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ?»
16 Prenant la parole, Simon-Pierre déclara : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ! »
17 Prenant la parole à son tour, Jésus lui déclara : «Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n'est pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux.
18 Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l'emportera pas sur elle.
19 Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux.»
20 Alors, il ordonna aux disciples de ne dire à personne qu'il était le Messie.
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Quelques pistes pour notre méditation :

Cet extrait de l’Evangile selon Saint Matthieu présente, dans sa construction, une structure très simple en cinq étapes, pour la scène que l’évangéliste relate :

v.13-14 : question-réponse sur ce que pensent « les hommes »
(antropoi : humains), c’est-à-dire les gens du peuple, de l’identité de Jésus
v.15-16 : question de Jésus aux disciples
(réduction du champ de l’auditoire ) et confession de foi de Pierre
v.17 : Révélation de son identité (qui vient de Dieu lui-même)
v.18-19 : Mission future confiée à Pierre
v.20 : recommandation du secret absolu

Rappelons-nous : Pendant la vie publique de Jésus Christ, la Palestine compte trois grandes divisions politiques :
1- La Judée et la Samarie avec quelques villes frontières sont administrées par un procurateur romain ;
2- La Galilée et la Pérée appartiennent au tétrarque Hérode Antipas ;
3- La Balanée, la Trachonite, la Gaulonite, l'Iturée, l'Auranitide, dépendent de son frère le tétrarque Philippe.
Les trois provinces de la Judée, de la Samarie et de la Galilée, les plus citées dans le Nouveau Testament, sont celles qu’a arpentées Jésus. Elles étaient l'une au-dessus de l'autre, entre le Jourdain et la mer, la Judée au Sud, la Samarie au centre, la Galilée au nord [Quant à la Pérée, elle comprenait tout le pays compris au-delà du Jourdain, au Sud de la tétrarchie de Philippe].
La région géographique mentionnée dans ce passage est celle de Césarée-de-Philippe (par Philippe, entendons fils d’Hérode le Grand). Située à environ 40 km au nord de la Mer de Galilée et sur la base du Mont Hermon, Césarée-de-Philippe est le lieu de l'une des plus grandes sources qui nourrissent le Jourdain. Véritable point d'attraction pour des centres religieux, cette ville nouvelle construite par ce Philippe abrite de nombreux temples dont l'un d'eux dédié au dieu Pan (mi-homme et mi-bouc, et souvent dépeint jouant de la flûte, il est le dieu de l'“épouvante“, de la “panique“) et aux nymphes. C’est donc en terre païenne que Jésus révèle son identité à tous les hommes.

Jésus interroge ses disciples sur la représentation que la foule se fait de son identité : le peuple le prend pour Jean-le-Baptiste, Jérémie ou Elie. Il n’est pas anodin de noter que référence est faite ici à des prophètes qui ont eu un lien direct avec l’annonce du Messie. Puis, s’adressant au cercle plus restreint (presque intime) de son entourage le plus proche, Jésus pose la même question, mais sur un ton plus direct… la réponse de Pierre l’est tout autant. Ce dernier parle au nom de camarades et en son nom propre aussi : «Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant !», déclare-t-il. Cette confession est révolutionnaire, elle bouleverse et redéfinit la nature des liens que Jésus entretiendra dorénavant avec ses disciples. Nouvelle identité, nouveau regard et appel à un nouvel engagement. Le fruit est désormais mûr… A cet instant, Jésus sait qu’il peut commencer la formation en profondeur de ses disciples, car il faut bien de telles assises pour comprendre et accepter l’annonce de sa passion et de sa résurrection.

Oui, Pierre va au-delà de la filiation primaire que la foule concède à Jésus : Fils de Dieu, comme les rois d’Israël qui s’étaient attribué ce titre, certes ! Mais Jésus l’est de manière exceptionnelle, il est de même nature que le Père. C’est cela que Pierre confesse, au-delà des barrières de la chair et du sang, sans vraiment en saisir la portée, et c’est la raison pour laquelle Jésus lui répond aussitôt : «Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n'est pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux». Il faut être animé par le Saint-Esprit de Dieu pour déclarer une telle vérité fondamentale de la foi. En effet, les disciples ne le comprendront qu’avec l’aide du Saint-Esprit de Dieu, bien plus tard… à la Pentecôte. Porteur de la béatitude de Dieu («Heureux es-tu, Simon, fils de Yonas»), Simon-le-pécheur devient en plus Simon-le-Rocher, la fondation sur laquelle sera bâtie l’Eglise de Dieu, inébranlable, indestructible, inaltérable par les forces du Mal…

«Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l'emportera pas sur elle» : cette parole du Jésus est à la fois créatrice et re-créatrice. En effet, Simon, un disciple, énonce la véritable identité de Jésus, le Messie et le Fils non pas “d’homme“, mais de Dieu, puisqu’il appelle Dieu «son Père». Il a saisi soudain la cohérence de la vie du Maître dans ses paroles et dans ses actes, et les miracles trouvent aussitôt leur justification, leur clé de lecture et la logique de leur compréhension. Alors, Jésus l’appelle «Pierre» (Kifâ). Tout se tient désormais. Mais en outre, Pierre reçoit une mission : constitué pierre angulaire, Jésus lui confie les clés de son Eglise dont il sera désormais l’intendant en chef sur la terre, avec pouvoir d’ouvrir et de fermer, de lier et de délier
[nous retrouvons ici une similitude avec le texte d’Isaïe (Is 22, 19-23)].

Au-delà et à travers Pierre, Jésus nous apelle à devenir nous aussi des pierres angulaires d’une Eglise vivante, de son Eglise. A l’image de Pierre, Jésus nous appelle à faire et re-faire sans cesse le pas de la foi. Comme Pierre, Jésus nous invite à nous laisser enseigner par son Esprit Saint. En nous révélant sa filiation intrinsèque avec Celui qu'il nomme "Père", Jésus nous élève au rang de Fils de Dieu. Voilà pourquoi, dans la prière qu’Il enseignera lui-même, il nous demandera de dire désormais : «Notre Père qui es aux cieux…».

Enfin, Jésus recommande à ses disciples
le secret absolu au sujet de la révélation qu'il vient de leur faire sur son identité. Avouons qu'il leur demande là une mission presque impossible, tellement le secret est énorme. A nous aussi, Jésus demande parfois de garder dans notre for intérieur certaines manifestations de sa miséricorde et de sa grâce en nous et au milieu de nous. Dieu œuvre souvent dans le silence des cœurs. L'humilité de sa présence parmi nous est bien le signe de sa puissance aimante et agissante. Qu'il nous plaise simplement de lui rendre grâce en tout temps et en tout lieu. Laissons donc agir en nous le(s) temps de Dieu… laissons-nous guider dans ses voies, si impénétrables soient-elles, avec ardeur, confiance et foi, à l'exemple de Pierre !


21/08/2008

Il est l'origine de toute chose…
A lui la puissance et la gloire,
pour les siècles des siècles

Bonjour !
L'épître de ce 21ème dimanche du temps ordinaire est extrait de la Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains (Rm 11, 33-36).


11
33 Quelle profondeur dans la richesse, la sagesse et la science de Dieu !
33 décisions sont insondables, ses chemins sont impénétrables !
34 Qui a connu la pensée du Seigneur ? Qui a été son conseiller ?
35 Qui lui a donné en premier, et mériterait de recevoir en retour ?
36 Car tout est de lui, et par lui, et pour lui. A lui la gloire pour l'éternité ! Amen.
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Les quatre versets ci-dessus sont comme une réflexion finale qui célèbre la sagesse du dessein de Dieu. Au terme d’une longue méditation sur le mystère d’Israël, Paul exprime son admiration sur l’infini du dessein de Dieu pour les hommes. Ce dessein qu’il avoue ne pas être capable de saisir, ni de contenir. Souffrance en-deçà des mots et contemplation au-delà des mots : tel est l’itinéraire de la quête de sens de Paul. Oui, il s’émerveille enfin ! Les projets de Dieu nous dépassent. Plus tard, l’apôtre s’exclamera : « J’ai donné ma foi au Christ crucifié, non ! ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi, il me suave». En effet, accepter de participer à la réalisation de ce dessein de Dieu suppose une totale et absolue confiance en Dieu, c’est accepter de se laisser « gouverner » (au sens naval du terme).

Dieu donne, Dieu se donne gratuitement et en plénitude ; telle est la manifestation de sa perfection. Rappelons-nous ces mots du prophète Isaïe :

33 « Qui a jaugé l'esprit du Seigneur ?
33 Quel conseiller peut l'instruire ?
33 (…)
33 A-t-il pris conseil de quelqu'un pour discerner,
33 pour apprendre les chemins du jugement,
33 pour acquérir le savoir
33 et s'instruire des voies de la sagesse ? » [Cantique d'Isaïe (Is 40)]
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Ils ont livré leur réflexion sur ces paroles de Paul :

IRENEE, Contre les Hérésies, V,1,1 :
«Car nous ne pouvions apprendre les mystères de Dieu que si notre Maître, tout
en étant le Verbe, se faisait homme. D’une part, en effet, nul n’était capable de révéler les secrets du Père, sinon son propre Verbe, «car quel “autre“ a connu la pensée du Seigneur» ou quel “autre“ a été son conseiller ? (Rom 11, 34)»

Karl BARTH, L’épître aux Romains :
«C’est la profondeur de la richesse et de la sagesse et de la connaissance de
Dieu» qui constitue foncièrement (...) son insondabilité. Que le Deus absconditus, comme tel, est Deus revelatus en Jésus-Christ, c’est là le contenu de l’Epître aux Romains. Comprenons-le bien : Que ce sujet-ci (Deus absc.) possède ce qualificatif-ci (Deus revel.), cela seul peut constituer le contenu de l’Epître aux Romains, de la théologie, de la Parole de Dieu dans la bouche des hommes. Cela le peut, mais cela le doit aussi».
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Cette phrase conclusive du Canon de la messe, et que nous avons coutume de réciter en communion avec le célébrant, résume parfaitement le caractère «hyperbolique», c’est-à-dire globalisant de la sagesse et de la science de Dieu : «Par lui, avec et en lui, à Toi Dieu le Père tout-puissant dans l’unité du Saint-Esprit, tout honneur et toute gloire pour les siècles des siècles». Le prononcé d’une telle vérité de foi n’est pas le fruit d’une puissance intellectuelle, mais la marque de l’humilité (la plus grande marque d’intelligence, sûrement !).

En tout temps, rendre grâce au Seigneur Dieu…

Psaume (137, 1-2a, 2bc-3, 6a.8)

01 De tout mon cœur, Seigneur, je te rends grâce :
01 tu as entendu les paroles de ma bouche.
01 Je te chante en présence des anges,
2a vers ton temple sacré, je me prosterne.

2b Je rends grâce à ton nom pour ton amour et ta vérité,
2c car tu élèves, au-dessus de tout, ton nom et ta parole.
03 Le jour où tu répondis à mon appel,
01 tu fis grandir en mon âme la force.

6a Si haut que soit le Seigneur, il voit le plus humble ;
08 Le Seigneur fait tout pour moi !
01 Seigneur, éternel est ton amour :
01 n'arrête pas l'œuvre de tes mains.
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Amour“ et “Vérité“ sont les deux plus grandes qualités du Seigneur ; elles sont célébrées ici par le psalmiste en remerciement de sa prière exaucée. Comme un roi entouré de sa cour, et attentif à chacun de ses sujets, même le plus petit, Dieu est à la fois tout-puissant et fidèle. Cette fidélité envers ses sujets est durable et inaltérable. Ce qu’il a fait autrefois en créant le monde et en faisant alliance avec son peuple est durable aussi. Il n’arrête pas l’œuvre de ses mains…

En somme, dans ce psaume (si on le prend en entier) nous trouvons un concentré de mots-clés, de mots-repères pour notre méditation et pour notre témoignage chrétien :
- Alliance (accord, convention) entre Dieu et son peuple (voir Ps. 128/129) ;
- Exil (éloignement de son pays d’origine) ;
- Gloire (quelque chose qui brille de tout son éclat. Dieu a la gloire car sa droiture brille de dedans de lui);
- Grâce (voir infra)
- Cœur (pour les juifs de l’époque, on pensait avec son cœur) ;
- Saint (seul Dieu est saint et la terre qu’il habite avec son peuple est également sainte) ;
- Juif (personne née de la lignée d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ses fils) ;
- Seigneur (c’est ainsi que l’on nomme Dieu habituellement) ;
- Prière (pour exprimer la grandeur d’une personne, et les mots pour le dire) ;
- Droiture et Justice (Seul Dieu est vraiment droit et juste : il dit que les peuples qui l’aiment
- et lui obéissent le deviennent aussi, ils sont alors appelés «les justes» - voir Ps. 4/5) ;
- Péché (signe et manifestation de la désobéissance, de l'orgueil, de l’éloignement de Dieu) ;
- Temple (lieu où des personnes se retrouvent pour louer le Seigneur et lui rendre grâce) ;
- De tout mon cœur (une autre façon de dire “je ferai tout ce qui est en mon pouvoir
- pour qu’il en soit ainsi“).

Mais je voudrais m’appesantir particulièrement sur le mot “grâce“ : « Je rends grâce à ton nom pour ton amour et ta vérité» (v. 2b). Mais, qu’est-ce que la grâce ? On pourrait tenter une définition avec Saint Maxime le Confesseur : être par grâce ce que Dieu est par nature. D'où l'explicitation de la grâce comme être de surcroît car participation à l'être propre au Fils, seconde Personne de Dieu-Trinité. Autrement dit : «œuvre divine plus grande que la création même et don surnaturel (au sens rigoureux de Thomas), la grâce a pour fonction de dynamiser l'homme en son cheminement vers la félicité promise. Elle est don divin reçu de façon activement passive, portant le sujet humain in via à dépasser tout bien d'ordre créé en vue de louer la générosité divine pour elle-même»… Peut-être trop compliqué à saisir, mais tout est condensé là par St Thomas.


Sainte Thérèse de Lisieux disait : «Tout est grâce» (expression bien connue, reprise par G. Bernanos dans son ouvrage “Journal d’un Curé de Campagne“ _ in Œuvres romanesques, Paris, Bibliothèque de la Pléiade, 1961, p. 1259). En effet, la grâce, c’est la vie même de Dieu. Lorsque donc on dit ‘grâce’, on veut dire par là que la totalité de la communication de lui-même que Dieu nous fait, est un don qui surpasse toute intelligence. Car la foi même n’est pas une œuvre d’homme, mais elle dit que la foi est elle-même une grâce. D’après la logique de la foi, donc, c’est Dieu seul qui nous donne la grâce de la foi et, partant, le droit de croire à la grâce. C’est-à- dire que la foi n’est pas notre propre création.

« Je te rends grâce, ô Père… », telles sont à plusieurs reprises les paroles du Christ toutes les fois qu’il se retirait pour parler avec son Père, pour prier. Oui, parce que c’est Dieu qui nous donne tout gratuitement, c’est à lui que nous devons rendre grâce pour la vie qu’il nous donne de vivre, ici et maintenant, au milieu de nos frères, en église.

20/08/2008

J'appellerai mon serviteur…

Chers amis, bonjour !
Pour ce 21ème dimanche du temps ordinaires, la liturgie nous propose ce premier extrait du Livre d'Isaïe (Is 22, 19-23) :

22
19i Parole du Seigneur adressée à Shebna le gouverneur :
«Je vais te chasser de ton poste, t’expulser de ta place.
20 Et, ce jour-là, j'appellerai mon serviteur,
Éliakim, fils de Hilkias.
21 Je le revêtirai de ta tunique,
je le ceindrai de ton écharpe,
je lui remettrai tes pouvoirs :
il sera un père pour les habitants de Jérusalem
et pour la maison de Juda.
22 Je mettrai sur son épaule la clef de la maison de David :
s'il ouvre, personne ne fermera ;
s'il ferme, personne n'ouvrira.
23 Je le rendrai stable comme un piquet
qu'on enfonce dans un sol ferme ;
il sera comme un trône de gloire
pour la maison de son père.»
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Intéressant, ce texte d’Isaïe : Dieu fait , Dieu défait… Il a autorité sur tout car il est le Maître. Rappelons que le prophète Isaïe fait partie de la cour royale et qu’il est conseiller du Roi. Face à la folie des grandeurs de Shebna, un des responsables (gouverneurs) du palais, et surtout à cause de son incompétence dans le conseil du roi, Isaïe intervient dans la nomination de son successeur. Il y a urgence, mais la décision doit être éclairée par Dieu lui-même. Isaïe, sous la gouverne du Seigneur, propose de destituer Shebna et de le remplacer par Eliakim, nom qui signifie «Dieu a suscité».
Cette destitution est marquée par le retrait des insignes du pouvoir (la tunique, l’écharpe) … et surtout «la clef de maison de David» que le Seigneur remettra au nouvel élu, appelé «serviteur» ; celui-ci recevra le pouvoir exceptionnel de «fermer» et «d’ouvrir», et ses décision seront irrévocables. Ce geste annonce celui de Jésus qui confiera les clés de l’Eglise à Pierre avec charge pour lui de «lier» et «délier», de contrôler les entrées et les sorties de la «Maison de Dieu», «la Maison de son Père». Cette Eglise sera stable comme un roc et «les forces de la mort ne l’emporteront pas sur elle» : message d’espérance pour les membres même de cette Eglise.


«Et ce jour-là, j’appellerai mon serviteur, Eliakim, fils d’Hilkias» : Dieu gratifie le nouvel élu du titre glorieux de «serviteur», titre réservé à ceux-là seuls qui jouissent de sa confiance. Ses attributs vestimentaires lui confèrent désormais le rôle de «Père» pour son peuple et il devra traviller non pas pour sa propre gloire (comme Shebna) mais pour le bien de tous [ ils sont nombreux, en effet, à se servir eux-mêmes et non pas le Seigneur, et de là ce mot de l’Apôtre Paul : "Ainsi, ce n’est pas le Christ qu’ils servent, mais leur ventre" (Romains 16, 18) ]. Eliakim est traité comme autrefois Abraham, Moïse et David… En effet, ce texte résonne en écho avec le Psaume 89/88 (Cantique d’Ethan, l’Ezrachite) :

(89:21) J'ai trouvé David, mon serviteur,
(89:21) Je l'ai oint de mon huile sainte.
(89:22) Ma main le soutiendra,
(89:21) Et mon bras le fortifiera.
(89:23) L'ennemi ne le surprendra pas,
(89:21) Et le méchant ne l'opprimera point;
(89:24) J'écraserai devant lui ses adversaires,
(89:21) Et je frapperai ceux qui le haïssent.
(89:25) Ma fidélité et ma bonté seront avec lui,
(89:21) Et sa force s'élèvera par mon nom.

D’Eliakim, l’on peut reprendre ce que Saint Thomas disait des versets ci-dessus, dans un sermon authentique (voir RP Bataillon) : «l’idée de trouver nous permet de considérer quatre éléments : trouver implique la rareté, la recherche, la découverte et la mise à l’épreuve par l’expérience». La fidélité est la première des qualités que Dieu attend et exige de tout dispensateur. Ce sera d’ailleurs l’une des conditions que retiendra Saint Paul pour le choix des évêques (voir 1 Corinthiens 4, 2). Même rappel dans le livre de la Sagesse : «Il les a éprouvés et les a trouvés dignes de lui» (Sagesse 3, 5). Le serviteur doit être fidèle, pour rapporter à Dieu tous ses biens. Tes prières, tes œuvres de miséricorde, tout ce que tu fais de bon, tu dois le rapporter à Dieu; de là il est dit: "Celui qui a été éprouvé en lui a aussi été trouvé parfait" (Siracide 31, 10) … et voilà pourquoi le Seigneur l’appelle : "Mon serviteur"».

15/08/2008

Reine des anges, réjouis-toi…

Bonjour à tous en ce jour de l'Assomption de la Vierge Marie !

L
’iconographie de l’Eglise d’Orient représente l’Assomption de la Vierge Marie d’une manière significative. En effet, au bas du tableau, on y voit Marie endormie, se reposant au milieu des apôtres étonnés et admiratifs. Au-dessus, Jésus ressuscité, auréolé de la lumière de la Résurrection, élève dans ses bras l’âme de sa mère figurée par une toute petite fille de blanc revêtue. Ce n’est plus Marie qui tient son enfant, mais le fils qui porte sa mère dans la gloire !

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Partout dans le monde, des artistes de toutes cultures ont exprimé leur inspiration pour ce fait glorieux, quoi de mieux que cette extraordinaire richesse d’expression pour visualiser le plus parfaitement possible cette Assomption ! Marie et le premier être humain, après le Christ lui-même, à connaître la gloire de la résurrection : elle est glorifiée dans le Christ et par lui. L’humble femme de Nazareth est élevée jusqu’à ciel auprès de son fils. La Mère du fils de Dieu est glorifiée au ciel.


« Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? », s’écrit Elisabeth. “Mère de Dieu“, c'est le titre de gloire de Marie. C’est par elle que le Fils de Dieu est entré dans le monde. «La parole s’est faite chair» dans le corps et le cœur de Marie. En enfantant le Christ selon l’humanité, Marie est devenue la garantie de l’authentique humanité du Fils de Dieu. Cette maternité divine auréole de gloire et d’honneur celle que Dieu a choisie et comblée de grâces.
Comment Marie qui a mis au monde le Maître de la vie pouvait-elle connaître la corruption ? Cette conviction, cette certitude du peuple chrétien a traversé l’histoire depuis 2000 ans. Avant d’être l’objet d’une définition de vérité de la foi (contestée par les orthodoxes et les Eglises issues de la Réforme de Luther), la glorification de Marie fut et est avant tout une conviction de la foi des chrétiens eux-mêmes. La solennité de l’Assomption que nous célébrons aujourd’hui est un écho de l’éloge anonyme rendu au Christ par une femme de Palestine dans le passage de l’Evangile de Luc (11, 27) : «Heureuse la femme qui t’a porté dans son sein!» Car à travers Marie, ce sont toutes les Mères qui sont en quelque sorte honorées en ce jour. En elle, la maternité est mise à l’honneur. L’assomption nous rappelle la dignité des mères, de nos mères…

Oui, cette fête nous fait indirectement prendre conscience de tout ce qui porte atteinte à la dignité de celles qui donnent la vie : l’égoïsme, la brutalité et le mépris dont la gent masculine se rend parfois coupable envers les femmes ne sont que trop absurdes. Un bien tristement célèbre groupe de Rap s’est donné un nom ridicule et indécent, d’autres exemples foisonnent témoins de la bêtise humaine. Et ne pas évoquer les souffrances des mères touchées par la famine et la guerre ? Ce sont elles qui, avec les enfants, subissent le plus durement des contre-coups des conflits des hommes ; elles sont les premières atteintes par le chômage, l’exclusion et leurs conséquences. N’attendons pas seulement la célébration, une fois l’an, de l’Assomption de Marie pour traduire en actes et en paroles la considération due aux mères. Il faut, en réalité, promouvoir une vrai climat culturel, social et moral qui puisse favoriser le respect des mères et reconnaître leur rôle inestimable dans l’édification d’une société véritablement humaine.

L’Assomption est la glorification d’une femme ! «Dieu a envoyé son fils, né d’une femme…» . Par ces quelques mots, Saint Paul exprime pour nous la réalité de l’entrée du Christ dans notre humanité et le rôle joué par la femme appelée Marie dans le dessein du salut. La mission de Marie ne s'est pas limitée à être un simple instrument d’intégration biologique du Fils de Dieu à la famille humaine. Elle a été auprès de lui une «PRESENCE», une référence d’humanité qui lui a transmis, par sa féminité même, une richesse de sentiments et de gestes dont la trace est partout visible dans les Evangiles.
L’attitude de Jésus envers les femmes a été exempte de mise à l’écart ou de rejet. Il avait dans son entourage apostolique un groupe de femmes qui assistaient les apôtres. Fait notable, ce sont les femmes, dont Marie de Magdala, qui, les premières, ont été témoins de la Résurrection. L’accueil fait à la cananéenne, le pardon donné à la femme infidèle, la guérison de la femme souffrant d’hémorragies… sont autant d’indices de la considération du Fils de Marie à l’égard des femmes. Et cela n’était pas forcément conformes aux mœurs de l’époque !

Non ! Dieu n’est pas misogyne… Ce sont les hommes et parfois les religions qui le sont. Les chrétiens, en contemplant la grandeur de Marie, ne doivent-ils pas être les plus ardents défenseurs de la dignité des femmes d’aujourd’hui ? Notre époque et notre société se vantent d’être civilisées et d’avoir fait progresser la condition de la femme. En France, on a légiféré sur la parité homme-femme en politique… mais c’est si peu! Car partout dans le monde la parité de tous les droits est loin d’être acquise, notamment dans les domaines de l’emploi, des salaires ou tout simplement des relations sociales. Dans certains pays, particulièrement en Afrique, en Asie et au Moyen-Orient, sous la chape des traditions et des interdits religieux, les femmes sont traitées en esclaves, en sous-êtres-humains. Mais triste réalité également que celle des pays occidentaux où le corps de la femme est considéré comme simple objet de désir et comme argument de promotion commerciale. Et que dire enfin de ce qu’on appelle «l’amour» et qui n’est parfois qu’un acte de domination, d’asservissement, voire d’humiliation !

Marie, femme bénie entre toutes les femmes, ennoblie, magnifiée et sublimée par sa vocation de Mère de Dieu, et élevée dans la gloire de son fils est, pour nous chrétiens et pour le monde entier, le symbole même de la grandeur de celle que le créateur a donnée à Adam pour égale. Célébrer l’Assomption de Marie, c’est fêter la réussite du Don de Dieu chez celle qui a voulu être «servante». Par elle, toute l’humanité est élevée. La glorification de Marie éclaire notre avenir, le destin final de l’être humain nous y est révélé. L’Assomption est une promesse, elle est notre espérance.
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Oraison :

Seigneur, tu t’es penché sur ton humble servante, la bienheureuse Vierge Marie : tu lui as donné la grâce et l’honneur de devenir la mère de ton Fils unique, et tu l’as couronnée d’une gloire sans pareille ; à sa prière, accorde-nous, puisque nous sommes rachetés et sauvés, d’être élevés avec elle dans ta gloire.
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Pour accompagner notre prière à la Vierge, le Rosaire par exemple, ce merveilleux texte peut être de circonstance, chaque strophe pouvant être récitée avant chaque dizaine.

Hymne à la vierge Marie


Pleine de grâce, réjouis-toi !
L’Emmanuel a trouvé place
Dans ta demeure illuminée.
Par toi, la gloire a rayonné
Pour le salut de notre race.

Arche d’alliance, réjouis-toi !
Sur toi repose la présence
Du Dieu caché dans la nuée.
Par toi, la route est éclairée
Dans le désert où l’homme avance.

Vierge fidèle, réjouis-toi !
Dans la ténèbre où Dieu t’appelle,
Tu fais briller si haut ta foi
Que tu reflètes sur nos croix
La paix du Christ et sa lumière.

Reine des anges, réjouis-toi !
Déjà l’Église en toi contemple
La création transfigurée
Fais-nous la joie de partager
L’exultation de ta louange.

(Auteur : CFC / Éditeur : CNPL)

13/08/2008

« Femme, ta foi est grande,
que tout se fasse pour toi comme tu le veux ! »

Chers amis, bonjour !

Voici le texte de l'Evangile de ce 20ème dimanche du temps ordinaire. Alors que l'intégration des juifs et des païens n'était jusqu'alors qu'objet d'espérance, Jésus réalise la prophétie d'Isaïe. Il entre chez les païens pour leur annoncer que le salut de Dieu est universel.
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Jésus face à la cananéenne… une païenne
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E
vangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu
(Mt 15, 21-28)

15
21 Jésus s'était retiré vers la région de Tyr et de Sidon.
22 Voici qu'une Cananéenne, venue de ces territoires, criait : «Aie pitié de moi, Seigneur, fils de David ! Ma fille est tourmentée par un démon.»
23 Mais il ne lui répondit rien. Les disciples s'approchèrent pour lui demander : «Donne-lui satisfaction, car elle nous poursuit de ses cris !»
24 Jésus répondit : «Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues d'Israël.»
25 Mais elle vint se prosterner devant lui : «Seigneur, viens à mon secours !»
26 Il répondit : « l n'est pas bien de prendre le pain des enfants pour le donner aux petits chiens. -
27 C'est vrai, Seigneur, reprit-elle ; mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres.»
28 Jésus répondit : «Femme, ta foi est grande, que tout se fasse pour toi comme tu le veux !» Et, à l'heure même, sa fille fut guérie.
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Quelques repères pour notre méditation

Notre monde d’aujourd’hui est plein de «chercheurs de Dieu» qui s’adressent à lui, chacun dans sa langue et sa culture, chacun avec le poids de sa vie, sa souffrance et son espérance… Dans l’Evangile de ce jour, la cananéenne qui aborde Jésus pour lui demander la guérison de sa fille est originaire de la région de Tyr et de Sidon, l’actuel Liban, où Jésus s’est retiré quelques temps pour prier et méditer. Elle est donc étrangère à la foi juive. Les cananéens de l’époque du Christ étaient considérés comme des marginaux et des païens par les juifs, qui les traitaient presque comme des chiens. Et malgré cela, cette cananéenne fait preuve d’une hardiesse et d’une témérité inouïes ; elle est prête à tout pour sauver sa fille : «Seigneur, fils de David, aie pitié de moi». Sa requête est une étonnante prière dans la bouche d’une femme étrangère à la foi juive ; et de plus, elle ignore la véritable identité de Jésus. Elle l’invoque comme Messie et comme Seigneur. Son humilité est semblable à celle que l’on trouve dans les psaumes : consciente de sa petitesse et de son indignité face à Jésus, elle insiste tout de même ; et la réponse de Jésus nous paraît très dure, très sèche, voire méprisante : «Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants pour le donner aux petits chiens…». La cananéenne est assimilée à un petit chien. Cependant, l’usage de l’adjectif «petit» et le ton employé suggèrent plutôt que Jésus, en mettant en exergue la réputation faite aux cananéens, veut permettre à cette femme d’exprimer devant les disciples une foi dont ceux-ci la croient peut-être incapable. «Mais les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres…». Nous connaissons un autre ami de Jésus, Lazare, qui se nourrissait aussi des miettes qui tombaient de la table de ses maîtres.

Avec une répartie et un à-propos admirables la cananéenne fait valoir timidement son droit à profiter du salut réservé en priorité à Israël. Elle croit que ce salut est universel autant que Dieu lui-même qui l’accorde dans son amour. Emerveillé de cette foi simple et authentique, Jésus exauce sa demande. Elle ne demandait que des miettes, mais voilà que Jésus la fait asseoir à la table du banquet, celle de tous les fils de Dieu.

Sans aucun doute, ce récit consigné par Matthieu s’adressait à des juifs convertis ; il avait sûrement son importance dans l’annonce de l’Evangile à cette époque où les païens de tous bords (dont d’anciens cananéens) intégraient la jeune Eglise. Suspectés de venir uniquement manger le pain des judéo-chrétiens, ils n’étaient pas — et c’est le moins ! — toujours bien accueillis. Cette situation historique, certes dépassée aujourd’hui, n’en garde pas moins de son actualité. Qui sont-ils, ces païens d’aujourd’hui, qui viennent frapper à la porte de l’Eglise ? Qui sont-ils ces «étrangers» au Christ pourtant en quête de Dieu et de salut ? Membres d’autres religions, ils acceptent de dialoguer et sont intéressés par le message évangélique dans lequel ils entrevoient des reflets, des cohérences avec leur propre foi… Mal-croyants, marginaux de la foi, adeptes des superstitions qui les laissent insatisfaits…
Baptisés qui n’ont pas ou n’ont plus eu de contact avec la foi au Christ au travers d’une communauté… Indifférents aux religions que, que la question de Dieu intéressent pourtant… Tous, lorsqu’ils s’approchent pour voir, écouter, dialoguer, prier, trouver un réconfort, comment les accueillons-nous parmi nous, dans nos communauté chrétiennes ? Ils sont souvent présents dans nos assemblées, lors des baptêmes, mariages ou sépultures, plus attentifs qu’on ne pense à ce qui est dit et vécu. Parfois, ils reviennent prier secrètement dans nos églises, mais qu’avons-nous à leur offrir ? des miettes ou du vrai pain ? Eux aussi font partie de la grande famille de Dieu ; car l’Esprit ne connaît pas de frontière, l agit dans la vie de ces hommes et de ces femmes de bonne volonté. L’Eglise est ouverte à eux, elle est envoyée vers eux. Sans renier sa foi en Christ, unique Médiateur entre Dieu et les hommes, notre Eglise conciliaire doit être à l’écoute des «semences du Verbe» en tout homme.
Ce récit de la canannéene nous invite à un regard intérieur sur nous-mêmes, sur notre société… Disciples de celui qui s’est fait frères universel de tous les hommes, nous avons un témoignage spécifique à porter : vivre comme Jésus, en frères et sœurs de notre prochain, de tout homme quel qu’il soit. Comme Jésus, apprenons à répondre aux cris d’appels des cananéens d’aujourd’hui, tous ces hommes et femmes en quête de miettes qui tombent des tables du monde. Trop de chrétiens repus de nourritures terrestres dédaignent le Pain des enfants que le seigneur nous partage si largement : le Pain de sa Parole, le Pain de son Eucharistie. Celui qui mange de ce Pain-là vivra à jamais. Demandons à Christ de nous donner la foi de la cananéenne, demandons-lui de venir vivre en nous. Puissions-nous être plus attentifs à la dimension missionnaire de la vie de l’Église et à l’accueil de l’étranger.