27/09/08

Croire à la parole du Père et faire sa volonté…

Bonjour !
“La parabole des deux fils“, c’est l’Evangile de ce 26ème dimanche du temps ordinaire (Matthieu 21, 28-32).

21

28i Jésus disait aux chefs des prêtres et aux anciens : «Que pensez-vous de ceci ? Un homme avait deux fils. Il vint trouver le premier et lui dit : ‘Mon enfant, va travailler aujourd’hui à ma vigne.’
29 Celui-ci répondit : 'Je ne veux pas.' Mais ensuite, s'étant repenti, il y alla.
30 Abordant le second, le père lui dit la même chose. Celui-ci répondit : 'Oui, Seigneur !' et il n'y alla pas.
31 Lequel des deux a fait la volonté du père ?» Ils lui répondent : «Le premier».
Jésus leur dit: «Amen, je vous le déclare : les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu.
32 Car Jean Baptiste est venu à vous, vivant selon la justice, et vous n'avez pas cru à sa parole ; tandis que les publicains et les prostituées y ont cru. Mais vous, même après avoir vu cela, vous ne vous êtes pas repentis pour croire à sa parole».
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Quelques repères pour notre méditation

Qui d’entre nous n’a pas éprouvé à un moment donné de sa vie le sentiment d’être fiché, catalogué à vie, pour une peccadille, une bêtise, une erreur de jeunesse, un moment d’égarement ? Pour peu que vous vous soyez trompé, que vous ayez commis une faute ou fait un écart… vous voilà marqué à vie. Et votre entourage ne cessera de vous le reprocher et, quoique vous puissiez faire par la suite, cette erreur est désormais inscrite à votre perpétuel passif. Et, à l’inverse, il faut le dire, celui qui a été placé sur un piédestal peut se permettre toutes sortes d’échecs et de malversations sans que son image et sa réputation n’en soient affectées définitivement.
A travers la “parabole des deux fils“ aux comportements si différents quant à leur attitude face à l’obéissance, Jésus nous révèle le comportement des croyants de son époque. Les “bien-croyants“ et “bien-pratiquants“ de la loi de Moïse se glorifiaient d’être justes et parfaits parce qu’ils s’attachaient à accomplir dans le détail le moindre de ses préceptes. Pourtant, derrière ce paravent et cette scrupuleuse perfection se cachait parfois une grande infidélité à l’essentiel de la Parole de Dieu. Persuadés de leur qualité religieuse, ils se fermaient aux appels à la conversion lancés d’abord par Jean le Baptiste et ensuite par Jésus lui-même. Au même moment, des “mal-croyants“ notoires ou considérés comme tels, à l’instar de Zachée ou des Romains si éloignés du Dieu unique, ou encore des femmes que l’on disait perdues, accueillaient, eux, l’annonce du salut avec joie. Ils se convertissaient et changeaient de vie. En apparence, tout en eux semblaient être un NON au Seigneur ; et voilà que leur vie devenait un OUI, parce qu’ils croyaient à l’amour de Dieu qui les ouvrait à un avenir nouveau et renouvelé : «ils faisaient la volonté du Père…». Leur péché, leur détresse et leur misère devenaient une brèche par où pénétrait le don de Dieu, tandis que les autres, bardés de leurs certitudes et de leur suffisance, restaient hermétiques à toute irruption de l’amour de Dieu, capable de les transfigurer…
Mais attention ! Ne nous y trompons pas. Ces deux types de comportements face aux appels de Dieu, loin d’être l’apanage des scribes, pharisiens et autres prétentieux, restent encore d’actualité. D’ailleurs, plus souvent que deux catégories de personnes, ce sont des OUI et des NON qui cohabitent en chaque être humain, comme l’ivraie et le bon grain. En chaque femme ou homme, en chaque croyant, on découvre — il est vrai — de réelles qualités humaines de générosité, de don de soi ; chez beaucoup de chrétiens on remarque une indéniable fidélité aux sacrements et un sincère désir de vivre sa foi et de la transmettre… Mais de là peut naître aussi une insidieuse et tranquille certitude de se considérer comme juste, et donc de s’attribuer le “label de qualité chrétienne“ parfaitement (mais faussement) sécurisant. C’est méconnaître cette zone obscure de détresse, de vulnérabilité, de faiblesse et de péché qui est cause de tant de NON au Seigneur, ou du moins de OUI très superficiels, très timides. Sous le couvert des apparences se cachent parfois tant de refus, de manque d’amour de Dieu et du prochain, de paresse et de passivité… On peut donc prétendre être chrétien “bon chic bon genre“ et vivre loin de la volonté et de la Parole de Dieu. Ne nous contentons donc pas de bons sentiments, de superbes résolutions et d’ardentes prières… une simple visite à un malade (par exemple) compte bien plus qu’un flots de bons discours ; un pardon donné ou reçu vaut bien mieux qu’une longue dissertation sur la paix. Saint Vincent de Paul disait à un chrétien dont il était le conseiller: «Vos résolutions me paraissent bonnes, amsi elles seraient meilleures si elles descendaient dans le concret».
Pendant son exil en Babylonie, le peuple d’Israël s’interrogeait beaucoup sur la situation et les causes de ses épreuves: «Qu’avons-nous fait à Dieu pour mériter cela ?», se lamentaient ces déportés, estimant que le Seigneur avait été exagérément sévère à leur égard. Nous-mêmes, dans nos moments de malheur, nous loin d'afficher une telle attitude… Par la bouche du Prophète Ezéchiel, Dieu met les choses au point. Non! Israël n’est pas victime des fautes de ses anciens. Chacun, en son temps, est responsable de ses actes. Chacun doit par conséquent s’interroger sur ses propres erreurs. Mais rien n’est définitivement gagné, comme rien n’est irrémédiablement perdu au niveau de Dieu. Le juste ne peut se retrancher derrière son passé de bien pour se permettre de faire le mal impunément; et le pécheur, lui, n’est pas condamné sans rémission, car il est jugé sur son présent de conversion toujours possible. Ainsi donc, pas de fatalité pour le Seigneur, car avec lui n’est jamais joué d’avance. Les pécheurs et les prostituées transfigurés par un changement de vie ont leur place dans le Royaume.

Notre conduite est parfois (et même souvent) étrange. Nous aimons à regarder les autres de l’extérieur, sans rien (vouloir) savoir de leurs efforts, de leurs luttes intérieures, de leurs progrès imperceptibles. Nous portons sur eux des jugements qui les enferment sur le passé. Etranger à nos calculs, Dieu ne veut tenir compte que de la situation présente et de l’avenir qui se construit: «ce n’est pas la mort du pécheur que je désire, mais son salut…». L’espérance de Dieu est infinie comme sa volonté de sauver tous ses enfants. Il sait tout homme capable de changer à tout moment de sa vie et Dieu sort à sa rencontre pour lui montrer le chemin du bonheur. Pas de fatalisme, de découragement, d’abandon qui puissent peser sur chaque homme au nom d’un passé simple ou antérieur.
L’Eucharistie est ce moment où nous revivons le OUI du christ à son Père: qu’elle soit pour nous le moment du OUI de notre credo, de notre offrande, de notre communion et de notre envoi en mission.

En toutes circonstances,
garder l’unité dans l’humilité !

L ettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens (Ph 2, 1-11)

2
01i Frères, s’il est vrai que, dans le Christ, on se réconforte les uns les autres, si l’on s’encourage dans l’amour, si l’on est en communion dans l’Esprit, si l’on a de la tendresse et de la pitié,
02 alors, pour que ma joie soit complète, ayez les mêmes dispositions, le même amour, les mêmes sentiments ; recherchez l'unité.
03 Ne soyez jamais intrigants ni vantards, mais ayez assez d'humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes.
04 Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de lui-même, mais aussi des autres.
05 Ayez entre vous les dispositions que l'on doit avoir dans le Christ Jésus :
06 lui qui était dans la condition de Dieu,
il n'a pas jugé bon de revendiquer son droit
d'être traité à l'égal de Dieu ;
07 mais au contraire, il se dépouilla lui-même
en prenant la condition de serviteur.
Devenu semblable aux hommes
et reconnu comme un homme à son comportement,
08 il s'est abaissé lui-même
en devenant obéissant jusqu'à mourir,
et à mourir sur une croix.
09 C'est pourquoi Dieu l'a élevé au-dessus de tout ;
il lui a conféré le Nom
qui surpasse tous les noms,
10 afin qu'au Nom de Jésus,
aux cieux, sur terre et dans l'abîme,
tout être vivant tombe à genoux,
11 et que toute langue proclame :
« Jésus Christ est le Seigneur »,
pour la gloire de Dieu le Père.
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Par notre baptême, nous avons revêtu le Christ, et nous sommes donc devenus des membres du Corps du Christ. Ainsi, chacun de nous est désormais temple de l’Esprit saint et contribue à la construction du Royaume. Saint Paul nous exhorte à nous féliciter et nous aider au regard de ce seul sceau du baptême (c’est-à-dire de cette capacité infinie d’aimer), cette marque d’appartenance à un seul et même Corps.

L’exhortation pressante à l’unité de la part de Paul laisse deviner que des divisions intestines menaçaient la paix et l’unité les communautés chrétiennes de philippes. L’Apôtre les interpelle tous sans exception. L’hymne qu’il déclame comme un véritable acte de foi est là pour leur en rappeler les fondamentaux à travers une description forte des différentes étapes du Mystère du Christ : préexistence divine, abaissement de l’incarnation et de la mort plus tard, glorification céleste, adoration de l’univers, titre nouveau du Christ (Dieu et homme indissociables dans l’unité de sa personnalité concrète). Jésus-Christ, les plus humbles d’entre nous, alors qu’il aurait pu, de par sa nature divine, revendiquer une égalité de traitement dans sa condition humaine, c’est-à-dire la gloire qu’elle lui valait de droit. Il s’en est dépouillé par obéissance à son Père, et par amour pour nous, pécheurs.
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Quelques références bibliques complémentaires pour approfondir la méditation (dans le sens du déroulé) de ce texte : Jn 1 — Mt 20, 28 — Gn 4, 4 — Mt 26, 39s — Jn 10, 17s — Mt 23, 12 — Is 45, 23

A propos de la responsabilité personnelle

Bonjour !
Les textes de la liturgie de ce 26ème dimanche du temps ordinaire portent tous sur la bonté infinie de Dieu et l'appel à la conversion et à l'unité qu'il renouvelle à chacun de nous. La première lecture est extraite du Livre d'Ezékiel (Ez 18, 25-28) :
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18
25i Parole du Seigneur tout-puissant : Je ne désire pas la mort du méchant, et pourtant vous dites : «La conduite du Seigneur est étrange». Écoutez donc, fils d’Israël : est-ce ma conduite qui est étrange ? N’est-ce pas plutôt la vôtre ?
26 Si le juste se détourne de sa justice, se pervertit, et meurt dans cet état, c'est à cause de sa perversité qu'il mourra.
27 Mais si le méchant se détourne de sa méchanceté pour pratiquer le droit et la justice, il sauvera sa vie.
28 Parce qu'il a ouvert les yeux, parce qu'il s'est détourné de ses fautes, il ne mourra pas, il vivra.
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Rappelons-nous toujours que le prophète Ezéchiel fait partie des déportés à Babylone. L’armée du roi Nabuchodonosor a fait détruit Jérusalem au terme d’une guerre terrible et, par-dessus tout, le Temple sacré a été détruit. Alors, comme on peut le comprendre, les enfants d’Israël sont déçus et révoltés face au silence, à la «conduite étrange» du Seigneur Dieu qu’ils interprètent comme un abandon, un «lâchage», une façon de leur faire payer les fautes passées. C’est en cela que ce texte est intéressant :

• Primo : Dieu n’est pas la cause de ce qui nous arrive et il n’y a pas d’automaticité entre ce que nous faisons (de bon ou de mauvais) et ce qui nous survient directement ou indirectement ;
• Secondo : personne n’est puni pour les fautes commises par un autre ;
• Tertio : Il y a toujours un espoir, un avenir, une ouverture avec et en Dieu qui est source de vraie vie. Il est n’est jamais trop tard pour nous «convertir», c’est-à-dire nous tourner vers le Seigneur Dieu. Sa justice est donc infiniment opposée à la représentation que nous pouvons nous en faire.

«… Faites-vous un cœur nouveau et un esprit nouveau… [dit le Seigneur] Convertissez-vous et vivez!» (31-32). Cette exhortation solennelle que nous retrouvons longuement dans l’oracle du Seigneur pour la «Nouvelle alliance promise aux exilés» (Ez 11, 19-21) rappelle le dessein de Dieu pour les créatures du monde: «Dieu n’a pas fait la mort, il ne se réjouit pas de la perte des vivants. Il a tout créé pour que tout subsiste…» (Sg 1, 13-14).

L’univers créé par Dieu était harmonieux et ne connaissait ni la mort ni les créatures malfaisantes. C’était le règne de la paix tel qu’Isaïe le voit restauré dans l’avenir messianique qu’il annonce (Is 11, 6). Le mal et la mort ne s’originent pas dans un principe extérieur ; c’est l’homme, par son péché qui introduit le désordre jusque dans sa forme suprême, la mort, véritable contre-pied de l’acte créateur de Dieu. Mais il n’y a de vraie et définitive mort que celle de l’impie, c’est-à-dire de celui qui s’attache au péché, s’écarte du chemin de Dieu et se ferme à sa miséricorde.

C’est tout le sens du Psaume 24 dont la liturgie de ce 26ème dimanche du temps ordinaire nous propose de méditer un extrait (4-5ab, 6-7, 8-9). Véritable prière d’un pécheur à la fois humble et confiant, ces versets doivent nous parler à nous aussi, dans nos vies, pour demander à Dieu de nous montrer le chemin, de nous enseigner ses commandements toutes les fois que nous nous éloignons de Lui qui est le chemin, la vérité et la vie.

04 Seigneur, enseigne-moi tes voies,
fais-moi connaître ta route.
5a Dirige-moi par ta vérité, enseigne-moi,
5b car tu es le Dieu qui me sauve.

06 Rappelle-toi, Seigneur, ta tendresse,
ton amour qui est de toujours.
07 Oublie les révoltes, les péchés de ma jeunesse ;
dans ton amour, ne m'oublie pas.

08 Il est droit, il est bon, le Seigneur,
lui qui montre aux pécheurs le chemin.
09 Sa justice dirige les humbles,
il enseigne aux humbles son chemin.

Dimanche plus : "Le Maître de la Vigne sort,
il vient à notre rencontre pour nous “embaucher“…

Chers amis, bonjour !
Je vous propose de revenir un instant sur “la Parabole des ouvriers de la dernière heure“ que nous avons écoutée en ce 25ème dimanche du temps ordinaire.

Cette parabole nous renseigne sur la précarité de l’emploi qui sévissait (déjà !) au temps de Jésus, et sur les étranges méthodes d’embauche pratiquées, des méthodes qui sont d’une actualité bien singulière et actuelle. Même si le contexte économique et social décrit dans ce récit est différent du nôtre, il n’en demeure pas moins que nos sociétés industrielles souffrent d’un taux de chômage inquiétant, avec tout ce que cela comporte comme dégâts pour les individus et les familles.
«Personne ne nous a embauchés !…». Que de fois n’entendons-nous pas celles et ceux, jeunes et adultes, qui cherchent du travail, exprimer ainsi leur lassitude et leur découragement ! Trouver du travail, avoir du travail est une préoccupation majeure pour les femmes et les hommes de notre temps. Cependant, sur le plan économique, l’Evangile des ouvriers de la vigne propose une solution quasi «idéaliste», voire même irréaliste. En effet, quel entrepreneur se permettrait, aujourd’hui, de gérer sa politique salariale à la manière du maître viticulteur de la Parabole ? Une entreprise n’est aps un organisme caritatif ; et, dans un monde voué à une compétition économique sans merci, le «management» n’est guère une affaire de bons sentiments.

Mais, prenons garde ! Jésus n’est pas naïf ; il ne prétend pas s’ériger ici en expert économiste, et l’Evangile n’est pas un Code du Travail. Mais comme toujours, dans les paraboles qui ont un côté déroutant pour notre logique “cartésienne“, le propos de Jésus est de nous faire réfléchir à un autre niveau : celui du Royaume des cieux. Jésus veut nous ouvrir l’esprit à la manière d’agir de Dieu, dans le domaine qui est le sien. Les maîtres-mots, en ce qui le concerne, ne sont pas : rentabilité,le profit, la loi du marché… mais plutôt : donner, faire vivre, sauver.

Cette logique de Dieu est déconcertante pour nous autres qui fonctionnons selon la logique du calcul. Le maître du domaine, au comportement peu adapté aux lois économiques, nous révèle en réalité une image, un portrait de notre Dieu. Le Seigneur ne nous regarde pas avec les yeux d’un expert comptable ; il a sa manière à lui d’évaluer ce que nous sommes et ce que nous faisons ; sa logique est celle de la gratuité : « je suis bon », dit le propriétaire du domaine qui n’explique pas autrement son mode rétribution tout à fait surprenant. C’est donc parce qu’il est bon que les derniers arrivés au travail sont les premiers servis. C’est parce qu’il est on qu’il gratifie chacun du même salaire, quelle que soit la durée effective du travail. Ce passage de l’Evangile veut donc nous révéler et nous instruire sur la bonté infinie de Dieu… Nous sommes invités à regarder Dieu autrement.

En effet, ne faut-il pas comprendre que Dieu ne “récompense“ pas au sens rigoureux du terme ? Car, récompenser, c’est donner à chacun selon ses résultats et ses mérites. On ne mérite pas le don de Dieu, on ne l’achète pas, ce n’est pas du donnant-donnant. Il n’y a pas de commune mesure entre le don que Dieu veut nous faire et nos bonnes œuvres. Seul comte notre engagement pour le Royaume. Chacun doit pouvoir donner autant qu’il peut. On note en effet dans la parabole qu’aucun des envoyés à la vigne n’a été payé à ne rien faire !… L’égalité de la rétribution pour tous souligne que le seigneur qui prend en compte les intentions autant que les actes, ne fait pas de différence dans le don de son amour. Sa justice à lui n’est pas exclusion, mais chance et confiance accordées à tous, car “la bonté“ du Seigneur est pour tous, «et sa tendresse pour toutes ses œuvres», nous dit le psaume 145. Pour Dieu, il n’est jamais trop tard : à tout moment il nous ouvre ses bras, à tout moment il nous donne sa bonté.

Le Maître de la vigne ne cesse de s’activer pour l’emploi dans sa vigne ; pour lui aussi, cela est une priorité : il n’attend pas que les ouvriers se présentent, il va le chercher lui-même pour leur proposer du travail. Il sort (ce verbe est répété 4 fois) du petit matin jusqu’au coucher du soleil, à la dernière heure. Cinq sorties en tout pour embaucher des ouvriers dans sa vigne, mais aussi pour donner du travail à ces gens qui en ont grand besoin pour vivre [Belle leçon de management pour les DRH modernes ou les services de recrutement des entreprises ou même de l’Etat]. Sous les traits de cet homme en quête inlassable d’ouvriers pour sa vigne, nous découvrons le visage de Dieu qui nous cherche et nous appelle. Il n’est jamais trop tard pour répondre et aller à lui. Peut-être pensons-nous, comme les désœuvrés de la parabole, qu’il est trop tard pour nous convertir, nous engager pour servir et pour prendre notre place dans une Eglise active pour le Royaume. Le Seigneur sort à tout moment, il vient à notre rencontre, il nous embauche et nous envoie dans sa vigne.

A l’époque où Jésus fréquentait les pécheurs et les publicains, et au temps où les païens entraient dans la jeune Eglise, certains murmuraient sans doute que l’on faisait la part trop belle à ces arrivants tardifs. Certes, la parabole des ouvriers de la dernière heure doit être lue dans ce contexte évangélique et historique. Mais elle nous interpelle aussi dans notre actualité. Si nous sommes parmi les premiers qui ont répondu oui et qui sont déjà au travail dans la Vigne du Seigneur, il nous faut faire de la place pour accueillir ceux que Dieu “embauche“ plus tard que nous, mais avec autant de confiance et d’amour. Pas de mauvais regard pour les ouvriers de la dernière heure et gardons de tout complexe d’antériorité, comme si nous étions “propriétaires“ de cette vigne. Faisons également de la place à tous les catéchumènes, aux pratiquants intermittents ou occasionnels, aux “recommençants“ et à tous ceux qui cherchent encore…

Notre mission, c’est justement de relayer l’appel du Seigneur, de proposer courageusement la foi à nos frères avec l’aide de l’Esprit Saint qui nous habite. Le Seigneur nous envoie sur toutes les places du monde proposer l’Evangile, c’est-à-dire sa parole qui sauve, à tous les “chômeurs“ de la foi et de l’espérance. Comme lui, et pour réussir notre mission, il nous faut d’abord sortir de nous-mêmes, de nos conforts et de nos certitudes, de nos églises, de nos inerties… pour nous mettre en mouvement, en marche…

23/09/08

La justice de Dieu, c'est d'aimer… sans distinction !

Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu (Mt 20, 1-16)

20
01i Jésus disait cette parabole : «Le Royaume des cieux est comparable au maître d’un domaine qui sortit au petit jour afin d’embaucher des ouvriers pour sa vigne.
02 Il se mit d'accord avec eux sur un salaire d'une pièce d'argent pour la journée, et il les envoya à sa vigne.
03 Sorti vers neuf heures, il en vit d'autres qui étaient là, sur la place, sans travail.
04 Il leur dit : 'Allez, vous aussi, à ma vigne, et je vous donnerai ce qui est juste.'
05 Ils y allèrent. Il sortit de nouveau vers midi, puis vers trois heures, et fit de même.
06 Vers cinq heures, il sortit encore, en trouva d'autres qui étaient là et leur dit : 'Pourquoi êtes-vous restés là, toute la journée, sans rien faire ?'
07 Ils lui répondirent : 'Parce que personne ne nous a embauchés.' Il leur dit : 'Allez, vous aussi, à ma vigne.'
08 Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant : 'Appelle les ouvriers et distribue le salaire, en commençant par les derniers pour finir par les premiers.'
09 Ceux qui n'avaient commencé qu'à cinq heures s'avancèrent et reçurent chacun une pièce d'argent.
10 Quand vint le tour des premiers, ils pensaient recevoir davantage, mais ils reçurent, eux aussi, chacun une pièce d'argent.
11 En la recevant, ils récriminaient contre le maître du domaine :
12 'Ces derniers venus n'ont fait qu'une heure, et tu les traites comme nous, qui avons enduré le poids du jour et de la chaleur !'
13 Mais le maître répondit à l'un d'entre eux : 'Mon ami, je ne te fais aucun tort. N'as-tu pas été d'accord avec moi pour une pièce d'argent ?
14 Prends ce qui te revient, et va-t'en. Je veux donner à ce dernier autant qu'à toi :
15 n'ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mon bien ? Vas-tu regarder avec un œil mauvais parce que moi, je suis bon ?'
16 Ainsi les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers.»
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Quelques repères pour notre méditation

«Ainsi les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers»… cette parole du Christ résonne comme une insulte, une entorse à la raison, au bon sens. Dans l’Ancien Testament, on retrouve à plusieurs reprises des scènes de révolte tant des prophètes que de simples «citoyens» face au comportement de Dieu. En effet, il pardonne scandaleusement aux Ninivites, par exemple, ces impies inégalés. Il traite les païens et les malfaiteurs comme tout le monde. Avouons qu’il y a là de quoi perdre et la foi et la raison. Le comble ? Sur la Croix, le Seigneur dit au larron qui se tourne vers lui au tout dernier moment de sa vie: «Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne». Jésus lui répondit: «Amen, je te le déclare : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis» (Lc 23, 39-43). De même, le père répondra-t-il à son fils cadet lors du retour de son fils prodigue: "Apportez la plus belle robe et l'en revêtez; et mettez-lui un anneau au doigt et des souliers aux pieds; et amenez un veau gras et le tuez; mangeons et réjouissons-nous; parce que mon fils que voici était mort, et il est revenu à la vie; il était perdu, mais il est retrouvé […] Mais il fallait bien faire un festin et se réjouir, parce que ton frère que voilà, était mort, et il est revenu à la vie; il était perdu, et il est retrouvé." (Lc 15)

Oui ! Le Seigneur veut nous sortir de notre logique de «mérite» : mériter le pardon, mériter le ciel, mériter la grâce, etc. comme si notre relation avec Dieu se construisait comme un compte d’épargne ! Or c’est méconnaître la nature profonde de Dieu qui est Amour et Grâce (au sens de gratuité).


A y regarder de très près, les méthodes de ce patron sont totalement à l’opposé des règles du contrat de travail ou des conventions collectives. Quel syndicat pourrait fonder sa légitimité sur une telle logique ? Vraiment, «les pensées de Dieu ne sont pas nos pensées...», comme nous l’a rappelé Isaïe (Is 55, 6-9). C’est que Dieu est bon, au-delà de tout ce que nous pouvons imaginer, et il donne non pas selon des critères comptables, mais selon son infini Amour.

« Pour moi, vivre pleinement,
c'est vivre en Christ ! »

Lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens (Ph 1, 20c-24.27a)


1
20c Frères, soit que je vive, soit que je meure, la grandeur du Christ sera manifestée dans mon corps.
21c En effet, pour moi, vivre c'est le Christ, et mourir est un avantage.
22c Mais si, en vivant en ce monde, j'arrive à faire un travail utile, je ne sais plus comment choisir.
23c Je me sens pris entre les deux : je voudrais bien partir pour être avec le Christ, car c'est bien cela le meilleur ;
24c mais, à cause de vous, demeurer en ce monde est encore plus nécessaire.
27a Quant à vous, menez une vie digne de l'Évangile du Christ.
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De la prison où il est enfermé, à Rome probablement, Paul clame son indéfectible attachement au Christ: «En effet, pour moi, vivre c'est le Christ, et mourir est un avantage», dit-il. Il est certain de la gloire dans laquelle le Christ l'élèvera après sa mort. Mais en même temps, il sait que, de son vivant, il est utile aux communautés de chrétiens qu’il n’a cessé d’évangéliser: une œuvre nécessaire. Voilà un dilemme bien cornélien, à la seule différence (et elle est de taille !) que le dénouement ne vient pas d’un «truc» sorti du chapeau de l’artiste (ou du romancier, en l’occurrence): mort ou vivant, Paul est assurée de la manifestation de la puissance et de la grandeur du Christ dans son «corps».
Oui, avec le Christ, nous faisons corps, car il est «notre raison de vivre». Par la mission qui lui a été confiée, Paul se lie donc au Christ et à ses frères à la fois : à ces derniers, il recommande de poursuivre l’évangélisation, c’est-à-dire d’annoncer partout la nouvelle du salut des hommes en Jésus-Christ. Tout un programme, y compris pour les chrétiens de notre temps !


Dieu est infiniment grand,
son Nom est saint…

Psaume (144, 2-3, 8-9, 17-18)

02 Chaque jour je te bénirai,
je louerai ton nom toujours et à jamais.
03 Il est grand, le Seigneur, hautement loué ;
à sa grandeur, il n'est pas de limite.

08 Le Seigneur est tendresse et pitié,
lent à la colère et plein d'amour ;
09 la bonté du Seigneur est pour tous,
sa tendresse, pour toutes ses œuvres.

17 Le Seigneur est juste en toutes ses voies,
fidèle en tout ce qu'il fait.
18 Il est proche de ceux qui l'invoquent,
de tous ceux qui l'invoquent en vérité.
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Ce psaume fait écho à tous les textes que la liturgie nous propose en ce 25ème dimanche du temps ordinaire : il est révélation e l’amour infini de Dieu pour tout homme, indistinctement («… la bonté du Seigneur est pour tous, sa tendresse pour toutes ses œuvres»). Oui, le Seigneur est proche de nous, employons-nous à le chercher, «puisqu’il se laisse trouver». Le nouvel attribut de Dieu que le psalmiste énonce est celui de la justice («Le Seigneur est juste en toutes ses voies, fidèle en tout ce qu'il fait»). Mais cette justice, comme nos pensées, est à l’opposé des représentations que nous pouvons nous en faire. La justice de Dieu est celle qui est exprimée dans l’épisode de l’Evangile de ce même dimanche : il est le chef d’entreprise qui embauche et qui rétribue selon sa loi, celle de l’Amour.

" Car mes pensées ne sont pas vos pensées…"

Bonjour !
Voici les textes de ce 25ème dimanche du temps ordinaire. Ils nous parlent de la vraie nature de notre Dieu, un Dieu de tendresse et d'amour. Ils nous exhortent aussi à rechercher sans cesse sa face pour le servir en toute vérité. Dieu est saint, c'est-à-dire "Tout-Autre", loin de nos humaines représentations; il ne calcule pas, ne marchande pas : il se donne à nous dans sa plénitude.
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Livre d'Isaïe (Is 55, 6-9)


55
06 Cherchez le Seigneur tant qu'il se laisse trouver.
Invoquez-le tant qu'il est proche.
07 Que le méchant abandonne son chemin,
et l'homme pervers, ses pensées !
Qu'il revienne vers le Seigneur qui aura pitié de lui,
vers notre Dieu qui est riche en pardon.
08 Car mes pensées ne sont pas vos pensées,
et mes chemins ne sont pas vos chemins,
déclare le Seigneur.
09 Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre,
autant mes chemins sont élevés au-dessus des vôtres,
et mes pensées, au-dessus de vos pensées.
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«Cherchez le Seigneur tant qu'il se laisse trouver. Invoquez-le tant qu'il est proche». Ces paroles du prophète Isaïe sont à replacer dans le contexte particulier de découragement généralisé du peuple d’Israël en proie avec le doute : peut-on encore espérer le pardon de Dieu dans cette terre d’exil (Babylone) ? Le danger était de croire que Dieu était désormais définitivement aux «abonnés silencieux»… ce silence si pesant qui était la «preuve» de son absence et de son éloignement. Car le peuple d’Israël attend un Dieu à la main terrible et vengeresse.
Or chercher Dieu sur un chemin de cette nature, c’est complètement se méprendre de sa vraie nature : Dieu est riche en pardon : “Car mes pensées ne sont pas vos pensées, et mes chemins ne sont pas vos chemins“ (08) … “Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus des vôtres, et mes pensées, au-dessus de vos pensées“, déclare le Seigneur. Si, en effet, nous cherchons Dieu avec nos seules représentations que nous faisons de lui, nous serons toujours en écart avec ce qu’il est fondamentalement, c’est-à-dire Amour et Pardon.
Les pensées du Seigneur ne sont pas les nôtres, ni nos chemins les siens. Le prophète ne dit pas, «nos pensées ne sont pas comme les vôtres». Dieu ne calcule pas, Dieu ne marchande pas : il est totalement grâce, il s’offre entièrement à nous. C’est à nous de le désirer et de le découvrir. Nous disons bien dans le Gloria : «Car toi seul es saint, toi seul es Seigneur, toi seul es le Très-Haut, Jésus-Christ». Saint, dans le langage biblique, veut dire «Tout-Autre», c’est-à-dire élevé au-dessus de tout. Rien de tel pour nous inviter à l’humilité quand nous osons (ou prétendons) parler de Dieu. Rien de tel pour nous rappeler la prière que le Christ lui-même nous a enseignée pour parler à Dieu notre Père, un Dieu d'amour, de tendresse et de pitié.
Ce texte est bien un appel à la conversion vers Dieu : chercher et rechercher sans cesse le Seigneur, notre quête de Dieu n’est jamais acquise une fois pour toutes, elle est une expérience chaque fois renouvelée.

16/09/08

Homélie du pape Benoît XVI
pour la messe de la fête de la croix glorieuse
célébrée sur la prairie à Lourdes

Le pape donnant la communion à des malades
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Messieurs les Cardinaux, Cher Monseigneur Perrier,
Chers Frères dans l'Épiscopat et le Sacerdoce,
Chers pèlerins, frères et sœurs,


« Allez dire aux prêtres qu'on vienne ici en procession et qu'on y bâtisse une chapelle ». C'est le message qu'en ces lieux Bernadette a reçu de la « belle Dame » qui lui apparut le 2 mars 1858. Depuis 150 ans, les pèlerins n'ont jamais cessé de venir à la grotte de Massabielle pour entendre le message de conversion et d'espérance qui leur est adressé. Et nous aussi, nous voici ce matin aux pieds de Marie, la Vierge Immaculée, pour nous mettre à son école avec la petite Bernadette.
Je remercie particulièrement Mgr Jacques Perrier, Évêque de Tarbes et Lourdes, pour l'accueil chaleureux qu'il m'a réservé et pour les paroles aimables qu'il m'a adressées. Je salue les Cardinaux, les Évêques, les prêtres, les diacres, les religieux et les religieuses, ainsi que vous tous, chers pèlerins de Lourdes, en particulier les malades. Vous êtes venus en grand nombre accomplir ce pèlerinage jubilaire avec moi et confier vos familles, vos proches et vos amis, et toutes vos intentions à Notre Dame. Ma gratitude va aussi aux Autorités civiles et militaires qui ont voulu être présentes à cette célébration eucharistique.

« Quelle grande chose que de posséder la Croix ! Celui qui la possède, possède un trésor » (Saint André de Crète, Homélie X pour l'Exaltation de la Croix, PG 97, 1020). En ce jour où la liturgie de l'Église célèbre la fête de l'Exaltation de la sainte Croix, l'Évangile nous rappelle la signification de ce grand mystère : Dieu a tant aimé le monde qu'Il a donné son Fils unique, pour que les hommes soient sauvés (cf. Jn 3, 16). Le Fils de Dieu s'est fait vulnérable, prenant la condition de serviteur, obéissant jusqu'à la mort et la mort sur une croix (cf. Ph 2, 8). C'est par sa Croix que nous sommes sauvés. L'instrument de supplice qui manifesta, le Vendredi-Saint, le jugement de Dieu sur le monde, est devenu source de vie, de pardon, de miséricorde, signe de réconciliation et de paix. « Pour être guéris du péché, regardons le Christ crucifié ! » disait saint Augustin (Traités sur St Jean, XII, 11). En levant les yeux vers le Crucifié, nous adorons Celui qui est venu enlever le péché du monde et nous donner la vie éternelle. Et l'Église nous invite à élever avec fierté cette Croix glorieuse pour que le monde puisse voir jusqu'où est allé l'amour du Crucifié pour les hommes. Elle nous invite à rendre grâce à Dieu parce que d'un arbre qui apportait la mort, a surgi à nouveau la vie. C'est sur ce bois que Jésus nous révèle sa souveraine majesté, nous révèle qu'Il est exalté dans la gloire. Oui, « Venez, adorons-le ! ». Au milieu de nous se trouve Celui qui nous a aimés jusqu'à donner sa vie pour nous, Celui qui invite tout être humain à s'approcher de lui avec confiance.

C'est ce grand mystère que Marie nous confie aussi ce matin en nous invitant à nous tourner vers son Fils. En effet, il est significatif que, lors de la première apparition à Bernadette, c'est par le signe de la Croix que Marie débute sa rencontre. Plus qu'un simple signe, c'est une initiation aux mystères de la foi que Bernadette reçoit de Marie. Le signe de la Croix est en quelque sorte la synthèse de notre foi, car il nous dit combien Dieu nous a aimés ; il nous dit que, dans le monde, il y a un amour plus fort que la mort, plus fort que nos faiblesses et nos péchés. La puissance de l'amour est plus forte que le mal qui nous menace. C'est ce mystère de l'universalité de l'amour de Dieu pour les hommes que Marie est venue rappeler ici, à Lourdes. Elle invite tous les hommes de bonne volonté, tous ceux qui souffrent dans leur cœur ou dans leur corps, à lever les yeux vers la Croix de Jésus pour y trouver la source de la vie, la source du salut.

L'Église a reçu la mission de montrer à tous ce visage aimant de Dieu manifesté en Jésus-Christ. Saurons-nous comprendre que dans le Crucifié du Golgotha c'est notre dignité d'enfants de Dieu, ternie par le péché, qui nous est rendue ? Tournons nos regards vers le Christ. C'est Lui qui nous rendra libres pour aimer comme il nous aime et pour construire un monde réconcilié. Car, sur cette Croix, Jésus a pris sur lui le poids de toutes les souffrances et des injustices de notre humanité. Il a porté les humiliations et les discriminations, les tortures subies en de nombreuses régions du monde par tant de nos frères et de nos sœurs par amour du Christ. Nous les confions à Marie, mère de Jésus et notre mère, présente au pied de la Croix.

Pour accueillir dans nos vies cette Croix glorieuse, la célébration du jubilé des apparitions de Notre-Dame à Lourdes nous fait entrer dans une démarche de foi et de conversion. Aujourd'hui, Marie vient à notre rencontre pour nous indiquer les voies d'un renouveau de la vie de nos communautés et de chacun de nous. En accueillant son Fils, qu'elle nous présente, nous sommes plongés dans une source vive où la foi peut retrouver une vigueur nouvelle, où l'Église peut se fortifier pour proclamer avec toujours plus d'audace le mystère du Christ. Jésus, né de Marie, est le Fils de Dieu, l'unique Sauveur de tous les hommes, vivant et agissant dans son Église et dans le monde. L'Église est envoyée partout dans le monde pour proclamer cet unique message et inviter les hommes à l'accueillir par une authentique conversion du cœur. Cette mission, qui a été confiée par Jésus à ses disciples, reçoit ici, à l'occasion de ce jubilé, un souffle nouveau. Qu'à la suite des grands évangélisateurs de votre pays, l'esprit missionnaire qui a animé tant d'hommes et de femmes de France, au cours des siècles, soit encore votre fierté et votre engagement !

En suivant le parcours jubilaire sur les pas de Bernadette, l'essentiel du message de Lourdes nous est rappelé. Bernadette est l'aînée d'une famille très pauvre, qui ne possède ni savoir ni pouvoir, faible de santé. Marie l'a choisie pour transmettre son message de conversion, de prière et de pénitence, conformément à la parole de Jésus : « Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout-petits » (Mt 11, 25). Dans leur cheminement spirituel, les chrétiens sont appelés eux aussi à faire fructifier la grâce de leur Baptême, à se nourrir de l'Eucharistie, à puiser dans la prière la force pour témoigner et être solidaires avec tous leurs frères en humanité (cf. Hommage à la Vierge Marie, Place d'Espagne, 8 décembre 2007). C'est donc une véritable catéchèse qui nous est ainsi proposée, sous le regard de Marie. Laissons-la nous instruire et nous guider sur le chemin qui conduit au Royaume de son Fils !

En poursuivant sa catéchèse, la « belle Dame » révèle son nom à Bernadette : « Je suis l'Immaculée Conception ». Marie lui dévoile ainsi la grâce extraordinaire qu'elle a reçue de Dieu, celle d'avoir été conçue sans péché, car « il s'est penché sur son humble servante » (cf. Lc 1, 48). Marie est cette femme de notre terre qui s'est remise entièrement à Dieu et qui a reçu le privilège de donner la vie humaine à son Fils éternel. « Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe en moi selon ta parole » (Lc 1, 38). Elle est la beauté transfigurée, l'image de l'humanité nouvelle. En se présentant ainsi dans une totale dépendance de Dieu, Marie exprime en réalité une attitude de pleine liberté, fondée sur l'entière reconnaissance de sa véritable dignité. Ce privilège nous concerne nous aussi, car il nous dévoile notre propre dignité d'hommes et de femmes, marqués certes par le péché, mais sauvés dans l'espérance, une espérance qui nous permet d'affronter notre vie quotidienne. C'est la route que Marie ouvre aussi à l'homme. S'en remettre pleinement à Dieu, c'est trouver le chemin de la liberté véritable. Car, en se tournant vers Dieu, l'homme devient lui-même. Il retrouve sa vocation originelle de personne créée à son image et à sa ressemblance.

Chers Frères et Sœurs, la vocation première du sanctuaire de Lourdes est d'être un lieu de rencontre avec Dieu dans la prière, et un lieu de service des frères, notamment par l'accueil des malades, des pauvres et de toutes les personnes qui souffrent. En ce lieu, Marie vient à nous comme la mère, toujours disponible aux besoins de ses enfants. À travers la lumière qui émane de son visage, c'est la miséricorde de Dieu qui transparaît. Laissons-nous toucher par son regard qui nous dit que nous sommes tous aimés de Dieu et jamais abandonnés par Lui ! Marie vient nous rappeler ici que la prière, intense et humble, confiante et persévérante, doit avoir une place centrale dans notre vie chrétienne. La prière est indispensable pour accueillir la force du Christ. « Celui qui prie ne perd pas son temps, même si la situation apparaît réellement urgente et semble pousser uniquement à l'action » (Deus caritas est, n. 36). Se laisser absorber par les activités risque de faire perdre à la prière sa spécificité chrétienne et sa véritable efficacité. La prière du Rosaire, si chère à Bernadette et aux pèlerins de Lourdes, concentre en elle la profondeur du message évangélique. Elle nous introduit à la contemplation du visage du Christ. Dans cette prière des humbles, nous pouvons puiser d'abondantes grâces.

La présence des jeunes à Lourdes est aussi une réalité importante. Chers amis, ici présents ce matin, réunis autour de la croix de la Journée mondiale de la Jeunesse, lorsque Marie a reçu la visite de l'ange, c'était une jeune fille de Nazareth qui menait la vie simple et courageuse des femmes de son village. Et si le regard de Dieu s'est posé de façon particulière sur elle, en lui faisant confiance, Marie peut vous dire encore qu'aucun de vous n'est indifférent à Dieu. Il pose Son regard aimant sur chacun de vous et vous appelle à une vie heureuse et pleine de sens. Ne vous laissez pas rebuter par les difficultés ! Marie fut troublée à l'annonce de l'ange venu lui dire qu'elle serait La Mère du Sauveur. Elle ressentait combien elle était faible face à la toute-puissance de Dieu. Pourtant, elle a dit « oui » sans hésiter. Et grâce à son oui, le salut est entré dans le monde, changeant ainsi l'histoire de l'humanité. À votre tour, chers jeunes, n'ayez pas peur de dire oui aux appels du Seigneur, lorsqu'Il vous invite à marcher à sa suite. Répondez généreusement au Seigneur ! Lui seul peut combler les aspirations les plus profondes de votre cœur. Vous êtes nombreux à venir à Lourdes pour un service attentif et généreux auprès des malades ou d'autres pèlerins, en vous mettant ainsi à suivre le Christ serviteur. Le service des frères et des sœurs ouvre le cœur et rend disponible. Dans le silence de la prière, que Marie soit votre confidente, elle qui a su parler à Bernadette en la respectant et en lui faisant confiance. Que Marie aide ceux qui sont appelés au mariage à découvrir la beauté d'un amour véritable et profond, vécu comme don réciproque et fidèle ! À ceux, parmi vous, que le Seigneur appelle à sa suite dans la vocation sacerdotale ou religieuse, je voudrais redire tout le bonheur qu'il y a à donner totalement sa vie pour le service de Dieu et des hommes. Que les familles et les communautés chrétiennes soient des lieux où puissent naître et s'épanouir de solides vocations au service de l'Église et du monde !

Le message de Marie est un message d'espérance pour tous les hommes et pour toutes les femmes de notre temps, de quelque pays qu'ils soient. J'aime à invoquer Marie comme étoile de l'espérance (Spe salvi, n. 50). Sur les chemins de nos vies, si souvent sombres, elle est une lumière d'espérance qui nous éclaire et nous oriente dans notre marche. Par son oui, par le don généreux d'elle-même, elle a ouvert à Dieu les portes de notre monde et de notre histoire. Et elle nous invite à vivre comme elle dans une espérance invincible, refusant d'entendre ceux qui prétendent que nous sommes enfermés dans la fatalité. Elle nous accompagne de sa présence maternelle au milieu des événements de la vie des personnes, des familles et des nations. Heureux les hommes et les femmes qui mettent leur confiance en Celui qui, au moment d'offrir sa vie pour notre salut, nous a donné sa Mère pour qu'elle soit notre Mère !

Chers Frères et Sœurs, sur cette terre de France, la Mère du Seigneur est vénérée en d'innombrables sanctuaires, qui manifestent ainsi la foi transmise de générations en générations. Célébrée en son Assomption, elle est la patronne bien-aimée de votre pays. Qu'elle soit toujours honorée avec ferveur dans chacune de vos familles, dans vos communautés religieuses et dans vos paroisses ! Que Marie veille sur tous les habitants de votre beau pays et sur les pèlerins venus nombreux d'autres pays célébrer ce jubilé ! Qu'elle soit pour tous la Mère qui entoure ses enfants dans les joies comme dans les épreuves ! Sainte Marie, Mère de Dieu, notre Mère, enseigne-nous à croire, à espérer et à aimer avec toi. Indique-nous le chemin vers le règne de ton Fils Jésus ! Étoile de la mer, brille sur nous et conduis-nous sur notre route ! (cf. Spe salvi, n. 50). Amen.

Lourdes le 14 septembre 2008

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Crédit photo : Ouest France


Homélie du pape Benoît XVI
Paris - esplanade des Invalides

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Monsieur le Cardinal Vingt-Trois,
Messieurs les Cardinaux et Chers Frères dans l'Épiscopat,
Frères et sœurs dans le Christ,

Jésus-Christ nous rassemble en cet admirable lieu, au cœur de Paris, en ce jour où l'Église universelle fête saint Jean Chrysostome, l'un de ses plus grands Docteurs qui par son témoignage de vie et son enseignement, a montré efficacement aux chrétiens la route à suivre. Je salue avec joie toutes les Autorités qui m'ont accueilli en cette noble cité, tout spécialement le Cardinal André Vingt-Trois, que je remercie pour ses aimables paroles. Je salue aussi tous les Évêques, les Prêtres, les Diacres qui m'entourent pour la célébration du sacrifice du Christ. Je remercie toutes les Personnalités, en particulier Monsieur le Premier Ministre, qui ont tenu à être présentes ici ce matin ; je les assure de ma prière fervente pour l'accomplissement de leur haute mission au service de leurs concitoyens.

La première Lettre de saint Paul, adressée aux Corinthiens, nous fait découvrir, en cette année paulinienne qui s'est ouverte le 28 juin dernier, à quel point les conseils donnés par l'Apôtreprophètes de l'Ancien Testament qui dénonçaient la tendance humaine à se forger de fausses représentations de Dieu. Comme le dit le Psaume 113 à propos des statues des idoles, elles ne sont qu' « or et argent, ouvrages de mains humaines. Elles ont une bouche et ne parlent pas, des yeux et ne voient pas, des oreilles et n'entendent pas, des narines et ne sentent pas » (4-5). Hormis le peuple d'Israël, qui avait reçu la révélation du Dieu unique, le monde antique était asservi au culte des idoles. Très présentes à Corinthe, les erreurs du paganisme devaient être dénoncées, car elles constituaient une puissante aliénation et détournaient l'homme de sa véritable destinée. Elles l'empêchaient de reconnaître que le Christ est le seul et vrai Sauveur, le seul qui indique à l'homme le chemin vers Dieu. restent d'actualité. « Fuyez le culte des idoles » (1 Co 10, 14), écrit-il à une communauté très marquée par le paganisme et partagée entre l'adhésion à la nouveauté de l'Évangile et l'observance de vieilles pratiques héritées de ses ancêtres. Fuir les idoles, cela voulait dire alors, cesser d'honorer les divinités de l'Olympe et de leur offrir des sacrifices sanglants. Fuir les idoles, c'était se mettre à l'école des

Cet appel à fuir les idoles reste pertinent aujourd'hui. Le monde contemporain ne s'est-il pas créé ses propres idoles ? N'a-t-il pas imité, peut-être à son insu, les païens de l'Antiquité, en détournant l'homme de sa fin véritable, du bonheur de vivre éternellement avec Dieu ? C'est là une question que tout homme, honnête avec lui-même, ne peut que se poser. Qu'est-ce qui est important dans ma vie ? Qu'est-ce que je mets à la première place ? Le mot « idole » vient du grec et signifie « image », « figure », « représentation », mais aussi « spectre », « fantôme », « vaine apparence ». L'idole est un leurre, car elle détourne son serviteur de la réalité pour le cantonner dans le royaume de l'apparence. Or n'est-ce pas une tentation propre à notre époque, la seule sur laquelle nous puissions agir efficacement ? Tentation d'idolâtrer un passé qui n'existe plus, en oubliant ses carences, tentation d'idolâtrer un avenir qui n'existe pas encore, en croyant que, par ses seules forces, l'homme réalisera le bonheur éternel sur la terre ! Saint Paul explique aux Colossiens que la cupidité insatiable est une idolâtrie (Cf. 3,5) et il rappelle à son disciple Timothée que l'amour de l'argent est la racine de tous les maux. Pour s'y être livrés, précise-t-il, «certains se sont égarés loin de la foi et se sont infligés à eux-mêmes des tourments sans nombre » (1 Tm 6, 10). L'argent, la soif de l'avoir, du pouvoir et même du savoir n'ont-ils pas détourné l'homme de sa Fin véritable, de sa propre vérité ?

Chers frères et sœurs, la question que nous pose la liturgie de ce jour trouve sa réponse dans cette même liturgie, que nous avons héritée de nos Pères dans la foi, et notamment de saint Paul lui-même (Cf. 1 Co 11, 23). Dans son commentaire de ce texte, saint Jean Chrysostome fait remarquer que saint Paul condamne sévèrement l'idolâtrie, qui est une « faute grave », un « scandale », une véritable « peste » (Homélie 24 sur la première Lettre aux Corinthiens, 1). Immédiatement, il ajoute que cette condamnation radicale de l'idolâtrie n'est en aucun cas une condamnation de la personne de l'idolâtre. Jamais, dans nos jugements, nous ne devons confondre le péché qui est inacceptable, et le pécheur dont nous ne pouvons pas juger l'état de la conscience et qui, de toute façon, est toujours susceptible de conversion et de pardon. Saint Paul en appelle à la raison de ses lecteurs : « Je vous parle comme à des gens réfléchis : jugez vous-mêmes de ce que je dis » (1 Co 10, 15). Jamais Dieu ne demande à l'homme de faire le sacrifice de sa raison ! Jamais la raison n'entre en contradiction réelle avec la foi ! L'unique Dieu, Père, Fils et Esprit Saint, a créé notre raison et nous donne la foi, en proposant à notre liberté de la recevoir comme un don précieux. C'est le culte des idoles qui détourne l'homme de cette perspective, et la raison elle-même peut se forger des idoles. Demandons donc à Dieu qui nous voit et nous entend, de nous aider à nous purifier de toutes nos idoles, pour accéder à la vérité de notre être, pour accéder à la vérité de son être infini !
Comment parvenir à Dieu ? Comment parvenir à trouver ou retrouver Celui que l'homme cherche au plus profond de lui-même, tout en l'oubliant si souvent ? Saint Paul nous demande de faire usage non seulement de notre raison, mais surtout de notre foi pour le découvrir. Or, que nous dit la foi? Le pain que nous rompons est communion au Corps du Christ ; la coupe d'action de grâce que nous bénissons est communion au Sang du Christ. Révélation extraordinaire, qui nous vient du Christ et qui nous est transmise par les Apôtres et par toute l'Église depuis deux millénaires : le Christ a institué le sacrement de l'Eucharistie au soir du Jeudi Saint. Il a voulu que son sacrifice soit de nouveau présenté, de manière non sanglante, chaque fois qu'un prêtre redit les paroles de la consécration sur le pain et le vin. Des millions de fois, depuis deux mille ans, dans la plus humble des chapelles comme dans la plus grandiose des basiliques ou des cathédrales, le Seigneur ressuscité s'est donné à son peuple, devenant ainsi, selon la formule de saint Augustin, « plus intime à nous-mêmes que nous-mêmes » (cf. Confessions III, 6. 11).

Frères et sœurs, entourons de la plus grande vénération le sacrement du Corps et du Sang du Seigneur, le Très Saint-Sacrement de la présence réelle du Seigneur à son Église et à toute l'humanité. Ne négligeons rien pour lui manifester notre respect et notre amour ! Donnons-lui les plus grandes marques d'honneur ! Par nos paroles, nos silences et nos gestes, n'acceptons jamais de laisser s'affadir en nous et autour de nous la foi dans le Christ ressuscité présent dans l'Eucharistie ! Comme le dit magnifiquement saint Jean Chrysostome lui-même : « Passons en revue les ineffables bienfaits de Dieu et tous les biens dont il nous fait jouir, lorsque nous lui offrons cette coupe, lorsque nous communions, lui rendant grâce d'avoir délivré le genre humain de l'erreur, d'avoir rapproché de lui ceux qui en étaient éloignés, d'avoir fait, des désespérés, et des athées de ce monde, un peuple de frères, de cohéritiers du Fils de Dieu » (Homélie 24 sur la Première Lettre aux Corinthiens, 1). En effet, poursuit-il, « ce qui est dans la coupe, c'est précisément ce qui a coulé de son côté, et c'est à cela que nous participons » (ibid.). Il n'y a pas seulement participation et partage, il y a «union», dit-il.

La Messe est le sacrifice d'action de grâce par excellence, celui qui nous permet d'unir notre propre action de grâce à celle du Sauveur, le Fils éternel du Père. En elle-même, la Messe nous invite aussi à fuir les idoles, car, saint Paul insiste, « vous ne pouvez pas en même temps prendre part à la table du Seigneur et à celle des esprits mauvais » (1 Co 10, 21). La MesseMesse, nous ne voulons appartenir qu'au Christ et nous reprenons avec gratitude le cri du psalmiste : « Comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu'Il m'a fait ? » (Ps 115, 12). Oui, comment rendre grâce au Seigneur pour la vie qu'Il nous a donnée ? Là encore, la réponse à la question du psalmiste se trouve dans le psaume lui-même, car la Parole de Dieu répond miséricordieusement elle-même aux questions qu'elle pose. Comment rendre grâce au Seigneur pour tout le bien qu'il nous fait sinon en se conformant à ses propres paroles : « J'élèverai la coupe du salut, j'invoquerai le nom du Seigneur » (Ps 115,13) ? nous invite à discerner ce qui, en nous, obéit à l'Esprit de Dieu et ce qui, en nous, reste à l'écoute de l'esprit du mal. Dans la

Élever la coupe du salut et invoquer le nom du Seigneur, n'est-ce pas précisément le meilleur moyen de « fuir les idoles », comme nous le demande saint Paul ? Chaque fois qu'une MesseEucharistie signifie reconnaître que Dieu seul est en mesure de nous offrir le bonheur en plénitude, de nous enseigner les vraies valeurs, les valeurs éternelles qui ne connaîtront jamais de couchant. Dieu est présent sur l'autel, mais il est aussi présent sur l'autel de notre cœur lorsque, en communiant, nous le recevons dans le Sacrement eucharistique. Lui seul nous apprend à fuir les idoles, mirages de la pensée. est célébrée, chaque fois que le Christ se rend sacramentellement présent dans son Église, c'est l'œuvre de notre salut qui s'accomplit. Célébrer l'

Or, chers frères et sœurs, qui peut élever la coupe du salut et invoquer le nom du Seigneur au nom du peuple de Dieu tout entier, sinon le prêtre ordonné dans ce but par l'Évêque ? Ici, chers fidèles de Paris et de la région parisienne, mais aussi vous tous qui êtes venus de la France entière et d'autres pays limitrophes, permettez-moi de lancer un appel confiant en la foi et en la générosité des jeunes qui se posent la question de la vocation religieuse ou sacerdotale : n'ayez pas peur ! N'ayez pas peur de donner votre vie au Christ ! Rien ne remplacera jamais le ministère des prêtres au cœur de l'Église ! Rien ne remplacera jamais une Messe pour le Salut du monde ! Chers jeunes ou moins jeunes qui m'écoutez, ne laissez pas l'appel du Christ sans réponse. Saint Jean Chrysostome, dans son Traité sur le sacerdoce, a montré combien la réponse de l'homme pouvait être lente à venir, cependant il est l'exemple vivant de l'action de Dieu au cœur d'une liberté humaine qui se laisse façonner par sa grâce.

Enfin, si nous reprenons les paroles que le Christ nous a laissées dans son Évangile, nous verrons qu'Il nous a lui-même appris à fuir l'idolâtrie, en nous invitant à bâtir notre maison « sur le roc » (Lc 6, 48). Qui est ce roc, sinon Lui-même ? Nos pensées, nos paroles et nos actions n'acquièrent leur véritable dimension que si nous les référons au message de l'Évangile. « Ce que dit la bouche, c'est ce qui déborde du cœur » (Lc 6, 45). Lorsque nous parlons, cherchons-nous le bien de notre interlocuteur ? Lorsque nous pensons, cherchons-nous à mettre notre pensée en accord avec la pensée de Dieu ? Lorsque nous agissons, cherchons-nous à répandre l'Amour qui nous fait vivre? Saint Jean Chrysostome dit encore : « maintenant, si nous participons tous au même pain, et si tous nous devenons cette même substance, pourquoi ne montrons-nous pas la même charité ? Pourquoi, pour la même raison, ne devenons-nous pas un même tout unique ? ... ô homme, c'est le Christ qui est venu te chercher, toi qui étais si loin de lui, pour s'unir à toi ; et toi, tu ne veux pas t'unir à ton frère ? » (Homélie 24 sur la Première Lettre aux Corinthiens, 2).

L'espérance demeurera toujours la plus forte ! L'Église, bâtie sur le roc du Christ, possède les promesses de la vie éternelle, non parce que ses membres seraient plus saints que les autres hommes, mais parce que le Christ a fait cette promesse à Pierre : « Tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Église, et la puissance de la mort ne l'emportera pas sur elle. » (Mt 16, 18). Dans cette espérance indéfectible de la présence éternelle de Dieu à chacune de nos âmes, dans cette joie de savoir que le Christ est avec nous jusqu'à la fin des temps, dans cette force que l'Esprit donne à tous ceux et à toutes celles qui acceptent de se laisser saisir par lui, je vous confie, chers chrétiens de Paris et de France, à l'action puissante et miséricordieuse du Dieu d'amour qui est mort pour nous sur la Croix et ressuscité victorieusement au matin de Pâques. À tous les hommes de bonne volonté qui m'écoutent, je redis comme saint Paul : Fuyez le culte des idoles, ne vous lassez pas de faire le bien !
Que Dieu notre Père vous conduise à Lui et fasse briller sur vous la splendeur de sa gloire ! Que le Fils unique de Dieu, notre Maître et notre Frère, vous révèle la beauté de son visage de Ressuscité ! Que l'Esprit Saint vous comble de ses dons et vous donne la joie de connaître la paix et la lumière de la Très Sainte Trinité, maintenant et dans les siècles des siècles ! Amen !

Samedi 13 Septembre 2008

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Nota bene : Ce texte intégral de l'homélie du Pape sur l'esplanade des Invalides à Paris a été repris à partir du site de l'Eglise catholique en France avec tous les liens actifs pour l'explicitation de certains mots-clés.

14/09/08

« Allons à la source de la vie » !

Chers amis de “l'Evangile au quotidien“, bonjour !

L'évènement majeur de ce jour est bien la visite papale à Lourdes pour la célébration du 150ème anniversaire des apparitions de la Sainte Vierge Marie à Bernadette Soubirou. Toutes les déclarations "politiques" et pastorales du Saint Père à cette occasion sont disponibles sur tous les sites dédiés, dont celui du Vatican, bien sûr ! Mais en ce 24ème dimanche du Temps ordinaire, la liturgie nous propose de méditer un extrait de l'Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean (Jn 3, 13-17) :
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3
13i Nul n’est monté au ciel sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme.
14 De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l'homme soit élevé,
15 afin que tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle.
16 Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle.
17 Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé.
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Quelques repères pour notre méditation

L’Eglise nous invite à regarder la Croix glorieuse de notre Seigneur Jésus-Christ. Les fêtes de la Croix sont apparues en l’an 335 à Jérusalem et à Constantinople ; elles s’inspiraient de celles du Yom Kipour et des Tentes (fêtes des semailles), c’est-à-dire des moments particuliers de l’expression du pardon. Des Croix, il en existe partout : dans et sur nos églises, au croisement de nos routes, dans nos maisons, sur nous-mêmes… Oui, l’Eglise nous demande aujourd’hui de regarder cette Croix, symbole de notre liberté et de notre salut.
Bien entendu, cette Croix fait écho à l’étendard sur lequel Moïse suspend le serpent d’airain. Quelle importance, quelle signification cette histoire du serpent d’airain revêt-elle encore pour nous? Cet épisode du Livre des Nombres parle bien à toutes celles et à tous ceux qui ont séjourné dans le désert, en Afrique ou les grands espaces arides des Amériques du Nord et du Sud. Le danger est partout, on est tout le temps en alerte : un scorpion peut être à l’affût sous un caillou, un serpent fondu et confondu dans les feuillages des arbres peut vous effleurer de ses morsures, etc. C’est au milieu de tous ces dangers qu’évolue le peuple hébreu au sortir de l’Egypte, à travers les différents déserts sur la route de la Terre promise.
Mais, le serpent le plus venimeux, c’est en réalité ce peuple hébreu même qui rouspète sans cesse contre tout et surtout contre Dieu et Moïse. Cette image est celle de tous les temps : le même homme d’aujourd’hui, facine par un quotidien fantasque par certains côtés (exploits technologiques…) est cependant angoissé au point de douter et de perdre toute espérance au regard des interrogations fondamentales de la vie (l’âme, la finalité de d’homme et du monde, la mort, l’au-delà de la mort…). En hissant le serpent sur le mât, Moïse pense (ou renvoie) à la symbolique de l’arbre de la vie.

Dans la partie amont de cet entretien avec Nicodème, Jésus déclare : «En vérité, en vérité, je vous le dis, à moins de naître d'en-haut, nul ne peut voir le Royaume de Dieu … A moins de naître d'eau et d'Esprit, nul ne peut entrer au Royaume de Dieu». On devrait comprendre "en vérité, en vérité, je vous le rapporte". En effet, le Christ ne parle pas de son propre chef, il dit ce qu'il a vu auprès de son Père dont il transmet les paroles et les enseignements ("j'agis comme le Père me l'a ordonné" — Jn 14, 3). Dieu est Parole efficace et par elle tout fut tiré du néant; c'est cette Parole qui vivifie les âmes et sort les morts vivants du tombeau; c'est par cette Parole que l'homme devient enfant de Dieu par le don de l'Esprit. Une seule condition est posée pour l'homme : croire cen cette Parole, demeurer en elle, la garder et suivre son commandement d'amour. Cette Parole est mystérieuse, "subversive", dure à entendre. La recevoir exige un cœur doux et humble.
Jésus lui-même explicite la toute puissance de la miséricorde de Dieu:
«Le vent souffle où il veut; tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d'où il vient ni où il va. Ainsi est-il de quiconque est né de l'Esprit…». Et Nicodème d'objecter: «comment cela peut-il se faire?». Rappelons-nous, c’est la même question que pose la Vierge Marie à l’Ange Gabriel, mais à la différence (et elle est de taille) que Nicodème ne croit pas (alors pas du tout) à la possibilité réelle de la manifestation des merveilles de Dieu. Oui, Jésus plante la Croix dans le décor, tel un arbre sec. Et l’on peut comprendre le trouble de Nicodème : pourquoi ce Dieu prêche-t-il la souffrance, pourquoi exalte-t-il la mort comme passage obligé vers sa glorification, pourquoi nous invite-t-il à la renonciation, pourquoi, pourquoi, pourquoi ?…

Tel le serpent d’airain, «il faut que le Fils de l’homme soit élevé…» sur et au-delà de la Croix pour que, dans son amour infini, il nous élève avec lui vers son Père:
1)- Dieu a tant aimé le monde : impossible donc de parler de croix sans la planter en terre d’amour. Dieu a tant aimé ce monde que continuellement nous décrions ! Ce regard de Dieu sur le monde est un regard de confiance. Son amour pour le monde est si grand que Dieu le Père lui envoie son propre Fils.
2)- Tout homme qui croit en Lui, tout homme qui accepte de passer de la rouspétance à l’accueil d’un Dieu qui nous aime dans les évènements joyeux ou denant nos croix, alors celui-là aura la vie éternelle.
3)- Je ne suis pas venu pour juger mais pour sauver : dans nos sociétés civiles, le juge c’est celui qui sanctionne ceux de ses concitoyens qui transgressent la loi. Mais ce rôle de juge, Jésus le réserve à son Père, à la fin des Temps, lorsqu’il viendra juger les vivants et les morts.
4)- Afin que par lui le monde soit sauvé : la science «tire» l’homme de toutes sortes de situations périlleuses. Mais avec Jésus ressuscité, Dieu n’est plus à côté ni au-dessus de nous, il est au-dedans de nous. Désormais un au-delà de nous-mêmes s’ouvre à la plénitude. Jésus nous sauve du vide de sens :
la Croix, arbre de supplice, devient signe d’amour… (« Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font »)…;
la Croix, arbre de la peur et de la haine devient signe de vérité et de paix, de courage et de fraternité…;
la Croix, arbre desséché de l’abandon, devient signe de la réconciliation et du don parfait: par delà la simple piété filiale, Jésus proclame et consacre la maternité spirituelle de Marie, nouvelle Eve, à l'égard des croyants (« Femme, voici ton fils… »);
la Croix, arbre de la mort, devient source de la vie donnée en Christ.

13/09/08

« … Qu'ils le regardent, et ils vivront ! »

Chers amis, bonjour !

C'est du Livre des Nombres (Nb 21, 4b-9)
que nous tirons la première lecture de ce dimanche du temps ordinaire. Il est question d'infidélité des enfants d'Israël et de la miséricorde divine. C'est également, pour partie, le fond du texte de l'Evangile de ce même dimanche.
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21
4b Au cours de sa marche à travers le désert, le peuple d'Israël, à bout de courage,
05 récrimina contre Dieu et contre Moïse : «Pourquoi nous avoir fait monter d'Égypte ? Était-ce pour nous faire mourir dans le désert, où il n'y a ni pain ni eau ? Nous sommes dégoûtés de cette nourriture misérable !»
06 Alors le Seigneur envoya contre le peuple des serpents à la morsure brûlante, et beaucoup en moururent dans le peuple d'Israël.
07 Le peuple vint vers Moïse et lui dit : «Nous avons péché, en récriminant contre le Seigneur et contre toi. Intercède auprès du Seigneur pour qu'il éloigne de nous les serpents.»
08 Moïse intercéda pour le peuple, et le Seigneur dit à Moïse : «Fais-toi un serpent, et dresse-le au sommet d'un mât : tous ceux qui auront été mordus, qu'ils le regardent, et ils vivront !»
09 Moïse fit un serpent de bronze et le dressa au sommet d'un mât. Quand un homme était mordu par un serpent, et qu'il regardait vers le serpent de bronze, il conservait la vie !
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Quelques pistes de réflexion

L’exode ! un mouvement synonyme de libération. En effet, le peuple hébreu est arraché de l’esclavage en Egypte. Yavhé punit le Pharaon puis protège le chemin du retour enjoué vers la Terre promise. Mais voilà: Dieu fait passer les enfants d’Israël par le désert, avec tout ce qu’il recèle de cruautés. Alors vient la désillusion ; le peuple perd patience ; alors, il commence à récriminer contre Yavhé et Moïse. Ce qui est manifestement une transgression de la loi morale et religieuse telles que édictées dans le code de l’Alliance : «Tu ne blasphèmeras pas Yavhé, ni tu ne maudiras un chef de ton peuple» (Ex 22, 27). Cette même scène de la révolte est relatée dans le livre de l’Exode : «Les enfants d’Israël poussèrent des clameurs vers Yavhé. Ils dirent à Moïse:“Manquait-il de tombeaux en Egypte, que tu nous aies menés mourir dans le désert ? Quel service nous as-tu rendu de nous faire sortir d’Egypte?…» (Ex 14, 10-11).
En réponse à ce manque de confiance des enfants d’Israël, Yavhé envoya des serpents “brûlants“ dont la morsure était mortelle. Le mot “brûlant“ traduit “saraph“ qu’Isaïe représentera comme un serpent ailé, une espèce de dragon (notons que le mot “séraphins“ vient de la même racine !).
Devant tant de morts, le peuple demande à Moïse d’intercéder pour lui auprès de Yavhé, ce qu’il fit (voir Ex 32, 11-14) ; Yavhé lui demanda alors de confectionner un saraph et de le placer sur un étendard. Et ceux qui étaient mordus par les serpents brûlants et regardaient le serpent d’airain, restaient en vie. Telle est la manifestation (encore une fois) de la miséricorde de Yavhé envers son peuple ; il leur tend la main : «Lorsque sévit sur eux la rage affreuse de bêtes féroces, quand ils périssaient sous la morsure de serpents sinueux, ta colère en effet ne dura pas jusqu’au bout…». car «… Dieu est fidèle ; il ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces» (1 Co 10, 13). Encore une fois donc, Moïse s’emploie à convertir son peuple, à le convaincre que Yavhé l’aime, et que la marche dans le désert mène à la liberté: «Quiconque se retournait était sauvé, non par l'objet regardé, mais par toi, le Sauveur de tous», expliquera bien plus tard le Livre de la Sagesse (Sg 16, 7).

L’élévation du serpent d’airain par Moïse fait écho au second verset de l’extrait de l’Evangile de Saint Jean: «Comme Moïse éleva le serpent au désert, ainsi faut-il que soit élevé le Fils de l’homme, afin que tout homme qui croit ait par lui la vie éternelle» (Jn 3, 14). Pour être sauvé, il faut “regarder“ ( c’est-à-dire “adorer“) le Christ “élevé“ sur la Croix, c’est-à-dire croire qu’il est le Fils unique. Cette même élévation fait allusion à l’Ascension, qui manifestera l’origine céleste de Jésus et l’intronisera dans la gloire du Fils de l’homme.

Saint Paul reprendra cet épisode du serpent d’airain pour tirer les leçons du passé d’Israël : «Ne tentons pas le Seigneur, comme le firent certains d’entre eux (les enfants d’Israël) ; et ils périrent victimes des serpents» (1 Co 10, 9). Le serpent d’airain n’avait certainement aucun pouvoir exceptionnel en soi ; il n’est en somme que le rappel de la Loi et le signe d’un salut “universel“ qui existait dès l’apparition des serpents. C’est donc l’obéissance à la parole, au commandement de Yavhé qui est chaque fois récompensée. Ezéchias supprimera tous les fétiches et leurs symboles ; plus tard, Paul exhortera à fuir l’idolâtrie sous toutes ses formes.
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Psaume (77, 3-4ac, 34-35, 36-37, 38ab.39)

03
Nous avons entendu et nous savons
ce que nos pères nous ont raconté ;
4a nous le redirons à l'âge qui vient,
4c les titres de gloire du Seigneur,

34 Quand Dieu les frappait, ils le cherchaient,
ils revenaient et se tournaient vers lui :
35 ils se souvenaient que Dieu est leur rocher,
et le Dieu Très-Haut, leur rédempteur.

36 Mais de leur bouche ils le trompaient,
de leur langue ils lui mentaient.
37 Leur cœur n'était pas constant envers lui ;
ils n'étaient pas fidèles à son alliance.

38a Et lui, miséricordieux,
38b au lieu de détruire, il pardonnait ;
39 Il se rappelait : ils ne sont que chair,
un souffle qui s'en va sans retour.
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Ce psaume est une description résumée de la relation entre Dieu et son peuple. Dons et pardons de Dieu, les enfants d’Israël sont conscients de leurs inconstance face à un Dieu patient, «lent à la colère, mais plein de tendresse et de pitié» ; ils savent que, fondamentalement la foi est une expérience vécue en communauté et qu’il est important d’en témoigner et de la transmettre à travers les âges, de génération en génération. Dans la révélation de l’Horeb et ses exigences, la mise en garde est claire : «Mais tiens-toi sur tes gardes. Ne vas pas oublier ces choses que tes yeux ont vues, ni les laisser, en aucun jour de ta vie, sortir de ton cœur ; enseigne-les au contraire à tes fils et aux fils de tes fils…» (Dt 4, 9). Plus tard, le prophète Isaïe reprendra cette sorte de rite de pénitenciel dans sa prière : «Yavhé, dans la détresse nous te cherchons…» (Is 26, 16). En effet, chaque fois que le peuple juif rompait l’alliance, s’éloignait de Dieu et s’adonnait aux idoles, Dieu n’avait de cesse de «continuer à lui prodiguer ses prodigieux prodiges» (Is 29, 14). Certes, quand il s’endurcissait le cœur, quand il se rendait aveugle et sourd en refusant de servir Dieu, en brisant le joug de sa Loi, il était châtié en le livrant sous le joug d’un peuple étranger ; mais Yavhé, pour l’amour de lui-même n’a jamais rejeté son peuple et la révélation de son salut a toujours triomphé: «A cause de mon nom, j’ajournai ma colère, à cause de mon honneur je la contenais, je ne te brisais pas» (Is 48, 9).

Courir pour une couronne qui ne se fane pas !

Bonjour !
Nous sommes le vendredi 12 septembre et la liturgie nous propose de méditer un extrait de la Première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens (1Co 9, 16-19.22-27). Nous sommes aussi — et ce n'est pas rien ! — au premier jour de la visite du Pape Benoît XVI en France.
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9

16i Frères, si j’annonce l’Évangile, je n’ai pas à en tirer orgueil, c’est une nécessité qui s’impose à moi ; malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile !
17 Certes, si je le faisais de moi-même, je recevrais une récompense du Seigneur. Mais je ne le fais pas de moi-même, je m'acquitte de la charge que Dieu m'a confiée.
18 Alors, pourquoi recevrai-je une récompense ? Parce que j'annonce l'Évangile sans rechercher aucun avantage matériel, ni faire valoir mes droits de prédicateur de l'Évangile.
19 Oui, libre à l'égard de tous, je me suis fait le serviteur de tous afin d'en gagner le plus grand nombre possible.
22 Avec les faibles, j'ai été faible, pour gagner les faibles. Je me suis fait tout à tous pour en sauver à tout prix quelques-uns.
23 Et tout cela, je le fais à cause de l'Évangile, pour bénéficier, moi aussi, du salut.
24 Vous savez bien que, dans les courses du stade, tous les coureurs prennent le départ, mais un seul gagne le prix. Alors, vous, courez de manière à l'emporter.
25 Tous les athlètes à l'entraînement s'imposent une discipline sévère ; ils le font pour gagner une couronne de laurier qui va se faner, et nous, pour une couronne qui ne se fane pas.
26 Moi, si je cours, ce n'est pas sans fixer le but ; si je fais de la lutte, ce n'est pas en frappant dans le vide.
27 Mais je traite durement mon corps, et je le réduis en esclavage, pour ne pas être moi-même disqualifié après avoir annoncé aux autres la Bonne Nouvelle.
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Quelques pistes de méditation

Dans l’extrait ci-dessus, Saint Paul nous donne une définition juste du « Pasteur des âmes » : “Omnibus omnia“, ce qui veut dire “Tout à tous“. C’est ainsi qu’il convient d’appréhender la visite du Pape en France ; elle est avant tout pastorale à double dimension spirituelle et sacramentelle. Il est vrai que l’idée d’un Pape qui restait à Rome et qui, du haut de sa chaire, se contentait d'annoncer ou de rappeler le dogme, cette idée-là est désormais archaïque. Jean Paul II a été l’exemple parfait du Pasteur qui est allé vers ses brebis de par le monde, inlassablement et jusqu’à ses dernières forces. C’est bien parce que le monde bouge sans cesse et les peuples ont besoin d’une véritable présence au milieu d’eux. Et, le Pape Benoît XVI, à sa manière et avec l’intensité qui est la sienne, n’a pas écarté cet aspect désormais central de la pastorale papale. Si donc il vient en France aujourd’hui, c’est le Pasteur qui vient à la rencontre de ses brebis. Sainte Catherine de Sienne disait du Pape qu’« il est le doux Christ sur la terre ». Il est bien le pontife, c’est-à-dire celui qui fait le lien, le pont entre Dieu et son peuple.

Et cela demande beaucoup de courage. A notre propre niveau, dans nos communautés paroissiale, cette présence vers les autres (frères chrétiens et au-delà) est nécessaire, fût-ce au prix de sacrifices de toutes natures. Le courage, c’est la rencontre d’un effort de la grâce. Dans l’extrait de la Lettre aux Corinthiens de ce jour, Saint Paul nous compare à des sportifs. Mais notre sport à nous est d’abord spirituel ; la victoire n’est possible qu’en respectant une stricte discipline : celle qui consiste à laisser toujours à Dieu la place qu’il mérite dans notre vie, car c’est bien lui qui est la source du courage véritable. A ce propos, Saint Thomas d’Aquin définissait la religion comme «la vertu qui nous fait rendre à Dieu le culte et l’honneur qui lui sont dus». Et, parce que nous lui aurons laissé la place centrale dans notre vie, parce que nous le laisserons faire de notre cœur sa demeure, Dieu nous relèvera de nos faiblesses, car il est infiniment miséricordieux.

Le Pape Benoît XVI vient nous visiter : ouvrons-nous à son enseignement et, dans un même élan, ouvrons nos cœurs à tous nos frères de par le monde, particulièrement ceux qui souffrent dans leur chair et dans leur âme, qui sont exclus du partage des richesses, dans les pays sous-développés, certes ! mais aussi plus près de nous. Apprenons donc à ouvrir nos yeux et nos oreilles afin de voir de d’entendre le monde et nos frères humains. Apprenons aussi, à la suite du Christ, d’entraîner dans son sillage nos frères qui doutent, désespèrent. Christ est la source de la vie, c’est lui, et lui seul qui peut nous la donner en plénitude. Boire à la même source, s’alimenter à la même table et professer la même foi, tel est le sens de la communion entre Dieu et les hommes de toutes races, de tous peuples et de toutes nations.

07/09/08

Dimanche plus : "soyons des artisans de la paix…".

Bonjour !
Comme chaque dimanche désormais, je vous livre quelques repères supplémentaires pour la méditation des textes liturgiques du jour.
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Le Christ nous appelle à nous réunir en son nom.
Cela signifie vivre de son amour, de son pardon (le don le plus précieux qu’il ait laissé). Le pardon est aussi important pour notre vie sociale et spirituelle que le pain quotidien. D’ailleurs, dans le Notre Père, Jésus nous y invite : «Donne-nous aujourd’hui notre pain de chaque jour… — Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés». Oui, le désir du pardon est déjà commencement du pardon entendu non seulement comme une exigence intellectuelle, mais surtout comme capacité intérieure à créer en nous la confiance pour éviter que s’agrandissent et se cristalisent les blessures de la vie.


Vivre le pardon, c’est s’inscrire dans la construction (certes ) difficile mais noble de la paix au milieu de nous et à travers le monde. Au jeune homme riche qui lui demande ce qu’il devait faire pour le suivre, Jésus répond: «Va, vends tout ce que tu as, viens et suis-moi…». De même, lorsqu’il envoie ses disciples en mission pour porter la Bonne Nouvelle, il leur recommande de ne pas s’encombrer de choses matérielles, d’y aller sans armes ni bagages. En effet, l’annonce de l’Evangile ne se réduit pas à apporter une parole aux autres, mais au-delà, exige de s’engager entièrement jusqu’à mettre sa propre personne en situation de risque pour l’amour des autres.

Le pardon fait de nous, chrétiens, des artisans de la paix au milieu de nos peuples. Où que nous soyons, réunissons-nous donc à deux ou trois au moins, et cherchons les gestes et les actes pour construire la paix des âmes et des peuples. Mais découvrons et reconnaissons la présence de Dieu lui-même qui nous devance sur les chemins de la com-passion et du par-don.

06/09/08

"Quand deux ou trois sont réunis en mon nom,
je suis au milieu d'eux…"

Chers amis, bonjour!
Je vous propose de méditer le texte de l'Evangile de ce 23ème dimanche du temps ordinaire. Cet extrait de l'Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu (Mt 18, 15-20) couronne en quelque sorte le message des deux premières lectures d'Ezéchiel et de Paul : les communautés d'église et les membres qui la composent doivent rester vigilants, respectueux des règles civiles et s'employer avec amour, c'est-à-dire fermement mais avec justice, à résoudre les différends qui peuvent naître au milieu d'eux. L'Eglise est la manifestation de la présence de Dieu dans le monde, une présence que nous devons chaque fois plus vivante et plus fraternelle.
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18

15i Jésus disait à ses disciples : « Si ton frère a commis un péché, va lui parler seul à seul et montre-lui sa faute. S’il t’écoute, tu auras gagné ton frère.
16 S'il ne t'écoute pas, prends encore avec toi une ou deux personnes afin que toute l'affaire soit réglée sur la parole de deux ou trois témoins.
17 S'il refuse de les écouter, dis-le à la communauté de l'Église ; s'il refuse encore d'écouter l'Église, considère-le comme un païen et un publicain.
18 Amen, je vous le dis : tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel.
19 Encore une fois, je vous le dis : si deux d'entre vous sur la terre se mettent d'accord pour demander quelque chose, ils l'obtiendront de mon Père qui est aux cieux.
20 Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d'eux. »
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Dans ce texte de l’Evangile de saint Matthieu, il est encore question de règles de vie sociale pour les membres des jeunes communautés d’église naissantes. Communauté au sens d’assemblées de frères ! Quelques mots-clés sont à souligner : péché, faute, frères, témoins, lier, délier, réunion… mais il faut noter également la présence fondamentale de Dieu.
Jésus sait que, au sein de toute société humaine, des problèmes naissent de l’intolérance, de la convoitise, de l’irrespect, de l’orgueil, de l’insoumission, etc. L’Apôtre Paul appelle à n’avoir envers ses frères aucune autre dette que celle de l’amour. Mais Jésus suggérait déjà de régler les problèmes à l’intérieur de la communauté, afin que cela ne dégénère pas au point de s’en remettre, y compris pour des fautes “mineures“, à la sentence civile. Non ! La charité fraternelle impose de résoudre les problèmes entre frères avec simplicité, plutôt par la persuasion que par la sanction brutale et systématique. Jésus appelle à un effort de pédagogie de la part de ceux qui conduisent la communauté. Alors, pour éviter tout arbitraire dans les décisions, il convient de se faire assister de témoins.
A plusieurs moments, dans l’histoire des enfants d’Israël, cette précaution «organisationnelle» a été suggérée aux pasteurs des communautés de frères. «Un seul témoin ne peut suffire pour convaincre un homme de quelque faute ou délit que ce soit. Quel que soit le délit, c’est au dire de de deux ou trois témoins que la cause sera établie…» (Dt 19, 15-21). Mais il faut prendre garde aux faux témoignages : «Les juges feront une bonne enquête, et, s’il appert que celui qui a accusé son frère est un témoin mensonger, vous le traiterez comme il méditait de traiter son frère. Tu feras disparaître le mal du milieu de toi. Les autres en l’apprenant, seront saisis de crainte, et cesseront de commettre un tel mal au milieu de toi. Ton œil sera sans pitié» (id). Ni justice vengeresse ni laxisme flatteur : Dieu aime infiniment, mais il châtie avec justice. Nous pouvons noter ici (à l’attention des juristes), l’introduction de l’intention dans la législation pénale de Dieu. La perspective est clairement annoncée comme étant religieuse, car c’est Yavhé que l’homme offense. Saint Paul, au regard des problèmes de gouvernance dont il était informé, reprendra avec une plus grande fermeté cette obligation de discipline au sein des communautés naissantes: «Enlevez les pervers du milieu de vous» (1 Co 5, 11-13).

Dans l’Evangile de Jean, ce “pouvoir de juger“ est, in fine, du ressort de Dieu seul «Vous, vous jugez selon la chair ; moi, je ne juge personne ; ou, s’il m’arrive de juger, moi, mon jugement est valable, parce que je ne suis pas seul ; il y a moi et celui qui m’a envoyé…» (Jn 8, 15-16). Jésus est donc prudent, il recommande une plus grande progression de cette procédure de « discipline », qui peut aller jusqu’à la sanction sévère. Mais même à ce niveau, et bien qu’il compare celui qui ne respecte pas les règles de la vie communautaire à un pharisien («Si ton frère refuse d'écouter l'Eglise, considère-le comme un païen et un publicain»), il ne ne pousse pas à la «prime au rejet».
La patience, l’écoute permanente et le dialogue sont les assises de cette pédagogie nouvelle. Car aucune brebis n’est perdue pour toujours, et le pasteur est là pour ramener au bercail toutes celles qui s’écartent du chemin, s’égarent ou même se révoltent. Voilà, une fois de plus, la manifestation de la toute miséricorde de Dieu-Amour. La présence de Dieu au milieu des hommes qui se rassemblent pour le prier et le louer est une grâce. Ainsi se trouve exaltée l’Eglise en ce qu’elle est symbole de l’unité du Corps christique et communauté vivante et fraternelle.

" Ne gardez aucune dette envers personne,
sauf la dette de l'amour mutuel"

Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains (Rm 13, 8-10)

13
08i Frères, ne gardez aucune dette envers personne, sauf la dette de l’amour mutuel, car celui qui aime les autres a parfaitement accompli la Loi.
09 Ce que dit la Loi :
Tu ne commettras pas d'adultère,
tu ne commettras pas de meurtre,
tu ne commettras pas de vol,
tu ne convoiteras rien ;
ces commandements et tous les autres se résument dans cette parole :
Tu aimeras ton prochain comme toi-même.
10 L'amour ne fait rien de mal au prochain. Donc, l'accomplissement parfait de la Loi, c'est l'amour.
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Quelques repères pour notre méditation

Dans le chapitre 12 de son Epître aux Romains, l’Apôtre Paul dicte en quelques sorte les règles de vie communautaire, sociale (le culte spirituel, l’humilité et la charité envers tous les hommes y compris les ennemis…) et civique que tout chrétien se doit de respecter. Dans ce extrait, il encourage les chrétiens à la soumission aux pouvoirs civils, ce qui a dû étonner, voire même choquer certains d’entre eux qui n’appréciaient pas du tout (vraiment pas du tout) les paganisme, les brutalités et l’arbitraire des autorités civiles. De plus, cette exhortation de Paul vient en contrepied de celle que nous avons lue dans le texte de Dimanche dernier: «Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour savoir reconnaître quelle est la volonté de Dieu.» Mais comment un chrétien peut-il concilier la recherche et la reconnaissance de la volonté de Dieu et le respect de la loi humaine ?


Tout d’abord, notons que certaines versions traduisent le mot “amour“ par “charité“. Dans Matthieu (22, 34-40), Jésus répond à l’un des disciples: «Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout son esprit : voilà le plus grand et le premier des commandements. Le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. A ces deux commandements se rattache toute la Loi, ainsi que les Prophètes». De même Jean (13, 34) rapporte cette parole de Jésus lors de ses adieux : «Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres. Oui, comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres. A ceci tous vous reconnaîtront pour mes disciples ; à cet amour que vous aurez les uns pour les autres».

Mais Paul est plus rusé qu’il n’y paraît. Tout d’abord, il affirme que ‘amour d’autrui (compris non seulement comme le membre du même peuple, mais comme tout membre de la famille humaine unifiée dans le Christ) est déjà le signe de l’accomplissement de la loi en général, donc y compris mosaïque. Ensuite, il souligne l’exigence de la morale chrétienne : puisqu’en principe toute loi «bonne» est sensée porter en elle les exigences de justice et d’équité pour tous les membres d’une communauté, la respecter ne suffit pas. Il ne suffit pas d’éviter de faire le mal, il faut aller au-delà : il faut aimer son frère. La seule dette à valoir envers nos frères, c’est l’amour mutuel, car seul l’amour représente et accomplit a loi dans sa plénitude. Déjà, en effet, Dieu avait dit aux enfants d’Israël: «Soyez saints, car moi, Yavhé votre Dieu, je suis saint… Vous garderez mes lois.» (Lv 19, 2 et 19). Paul n’aura de cesse de proclamer ce commandement qui est au cœur de tout l’édifice de la morale chrétienne, par exemple aux Galates: «Car un seul précepte contient toute la loi en sa plénitude : tu aimeras ton prochain comme toi-même» (Ga 5, 14) et aux Corinthiens: «…La charité est longanime ; la charité est serviable ; elle n’est pas envieuse…» (1 Co 13, 4). Tout vrai pouvoir vient de Dieu, à condition qu’il soit irrigué de cette justice dont lui-même est l’essence. Et le seul pouvoir qui soit divin, c’est celui de l’amour dont il a témoigné pour notre salut, jusqu’à offrir sa propre vie sur la Croix.

"Aujourd'hui, écouterez-vous sa parole ?"

Psaume (94, 1-2, 6-7ab, 7d-8a.9)

01 Venez, crions de joie pour le Seigneur,
acclamons notre Rocher, notre salut !
02 Allons jusqu'à lui en rendant grâce,
par nos hymnes de fête acclamons-le !

06 Entrez, inclinez-vous, prosternez-vous,
adorons le Seigneur qui nous a faits.
7a Oui, il est notre Dieu ;
7b nous sommes le peuple qu'il conduit,

7d Aujourd'hui écouterez-vous sa parole ?
8a « Ne fermez pas votre cœur comme au désert,
09 où vos pères m'ont tenté et provoqué,
et pourtant ils avaient vu mon exploit.
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Je vais volontairement focaliser ma réflexion sur ce verset que je cite en entier: «Aujourd'hui écouterez-vous sa parole? Ne fermez pas votre cœur comme à Meriba, comme au jour de Massa dans le désert, où vos pères m'ont tenté et provoqué, et pourtant ils avaient vu mon exploit» (v. 8-9).
Que le psalmiste rappelle les expériences de Mériba (qui signifie “dispute“) et de Massa (qui veut dire “tentation“) [Ex 17, 1-7], cela souligne l’importance pédagogique des ces faits d’histoire. En effet, sur ordre de Yavhé, Moïse fit déplacer les enfants d’Israël du campement du désert de Sin pour celui de Raphidim où l’eau manqua. Alors, prit de soif, le peuple se mit à rouspéter et à quereller violemment Moïse, jusqu’à lui reprocher de les avoir sorti d’Egypte. D’autant qu’ils se souviennent de l’abondance d’eau dans le campement d’Elim qu’ils avaient quitté quelques temps auparavant (1): «Pourquoi mettez-vous Dieu à l’épreuve ?», leur répondit Moïse. Et Dieu ordonna à Moïse de prendre en main le bâton dont il frappa le fleuve au sortir d’Egypte et d’aller, cette fois-ci, frapper le rocher : il en jaillit de l’eau, et le peuple eut à boire.

Cette soif d’eau n’est pas sans nous rappeler certaines paroles de Jésus bien plus tard. Nous pouvons par exemple faire le parallèle avec Jean (7, 37-39): «“Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive, celui qui croit en moi“; selon le mot de l’Ecriture : “De son sein couleront des fleuves d’eau vive“. Il parlait de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui croient en lui ; car il n’y avait pas encore d’Esprit, parce Jésus n’avait pas encore été glorifié.»
Cette expérience révèle la bienveillance de Dieu face à l’infidélité des hommes. Même ceux qui ont vu ses exploits ne s’en souviennent plus, au point de vouloir (et d’inciter les autres à) le rejeter et à courir vers d’autres dieux.

«Aujourd'hui écouterez-vous sa parole?»
Cette question interpelle la solidité de notre confiance en Dieu non seulement dans les périodes de «bonheur» (c’est tellement si convenable!) mais aussi et surtout dans les difficultés. Moïse conclut cet épisode par une question de confiance qu’il pose énergiquement aux enfants d’Israël : «Yavhé est-il, oui ou non, parmi nous?». On pourrait même oser une traduction plus triviale : « Mais putain de merde! A quels abrutis ai-je donc à faire? Est-ce que une bonne fois pour toutes vous allez faire confiance à Yavhé? Est-ce que vous allez enfin l’écouter?»

“Ephéta“, dira un jour Jésus à l’aveugle qu’il guérit, ou encore «Que celui qui a des oreilles entende», pour conclure un enseignement. Oui, s’ouvrir les sens internes et externes pour «capter» la parole de Dieu, se mettre en disposition de l’accueillir dans son infini amour. Mais c’est Dieu lui-même qui donne, à qui s’abandonne à lui en toute confiance, les moyens sans cesse renouvelés de son salut. C’est aussi là un signe de son infinie miséricorde. Notre foi est vraiment une permanente question de «cum-fidens», c’est-à-dire une expérience relationnelle avec Dieu et une communion partagée avec nos frères. Mais c’est Dieu qui, dans sa bienveillance, nous donne la force de croire.
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(1) - Pour bien comprendre cette situation explosive des enfants d’Israël, se reporter également aux références suivantes : Nb 33, 1-40 / 20, 24 — Dt 6, 16 / 9, 22 / 32, 51 et 33, 8 — Les Ps 78 (15-16), 105 (41) et 106 (32) — Sg 11, 4, puis Is 43, 20

"Je fais de toi un guetteur pour la Maison d'Israël"

Bonjour !

Nous sommes le 23ème dimanche du temps ordinaire. Les textes de la liturgie de ce jour ont ceci de commun qu'ils évoquent les règles nécessaires pour la vie en communauté ainsi que les missions individuelles et collectives des chrétiens au cœur des sociétés civiles.

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Livre d'Ezéchiel (Ez 33, 7-9)

33
07i La parole du Seigneur me fut adressée : «Fils d’homme, je fais de toi un guetteur pour la maison d’Israël. Lorsque tu entendras une parole de ma bouche, tu les avertiras de ma part.
08 Si je dis au méchant : 'Tu vas mourir', et que tu ne l'avertisses pas, si tu ne lui dis pas d'abandonner sa conduite mauvaise, lui, le méchant, mourra de son péché, mais à toi, je demanderai compte de son sang.
09 Au contraire, si tu avertis le méchant d'abandonner sa conduite, et qu'il ne s'en détourne pas, lui mourra de son péché, mais toi, tu auras sauvé ta vie.»
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589 avant J.-C. : une date mémorable pour le peuple juif. En effet, le roi Nabuchodonosor a envahi Jérusalem et ses contrées avoisinantes. C’est le début des déportations des enfants d’Israël. Ezéchiel fait partie de la première vague, il est conduit à Babylone dans un village appelé «Tel-Aviv» (ce qui signifie littéralement : “colline du printemps“), au bord des rives du fleuve Kebar. De là-bas, il apprend que la Ville sainte est rasée et le Temple détruit. C’est le chaos total, et personne n’a la moindre idée de la manière dont la situation pourrait être renversée, améliorée… Le texte ci-dessus est extrait de la troisième partie de son œuvre (chap. 33-39), composée justement de paroles prononcées après la chute de Jérusalem en 587 avant J.-C. ; elle comporte essentiellement un message de réconfort pour le peuple d'Israël.

En effet, Dieu assigne à Ezéchiel sa nouvelle en terre d’exil : aider et soutenir les siens et maintenir dans leurs cœurs l’espérance du retour. Il fait de lui un «guetteur pour la maison d’Israël». Avec tout ce que cela induit comme responsabilité. Le peuple est en guerre, il est en danger permanent, et la mission de «guetteur» ou de «veilleur» trouve ici tout son sens. Dans ce contexte si particulier d’exil, la parole du Prophète est certes très écoutée, mais difficile à vivre, à mettre en pratique. Et pourtant, inlassablement, Ezéchiel prêche. Chargé d’aider à l’accueil et à l’installation des familles exportées, il fonde cette espérance dans la présence active et aimante du Seigneur qui est le premier des «guetteurs» et des «veilleurs» : «Je vous ferai remonter de vos tombeaux, ô mon peuple, je vous ramènerai sur le sol d'Israël.» (Ez 37, 12). Pourquoi se résigner ? Il faut revenir et s’en remettre à Dieu… avec lui nulle crainte. Le psalmiste le clame à dessein lorsqu’il chante: "Si le Seigneur ne bâtit la maison, les bâtisseurs travaillent en vain si le Seigneur ne garde la ville, c’est en vain que veillent les gardes" (Ps 126 (1.3-5) .

Ce texte fait écho à celui de l’Evangile de ce dimanche : vivre d’un amour fraternel, tel est le message que Jésus adresse à ses disciples, message qu’il les exhorte de répéter à tous les frères et d’aider à mettre en pratique.